Socio-économique

La situation socio-économique d’un territoire et, en l’occurrence ici de Charleroi, a un impact direct sur la vie de ses habitants. Elle est un facteur essentiel dans l’évaluation des inégalités économiques, sociales et de
santé de la population. En effet, des indicateurs de conditions de vie moins favorables peuvent produire un effet négatif sur le quotidien des individus, leur bien-être, leur éducation ainsi que sur la santé physique et mentale.

Dans son dernier tableau de bord, en 2016, l’Observatoire de la Santé du Hainaut illustrait la force de l’effet des déterminants sociétaux sur l’état de santé en montrant le lien entre le niveau de mortalité des communes
et celui des revenus des ménages. Autre exemple d’impact : l’Enquête nationale de santé par interview dévoilait qu’en 2013, 9 % des Wallons interrogés déclaraient avoir dû reporter des soins médicaux dans
l’année pour des raisons financières. Cette situation concerne 17 % de la population ayant un faible niveau d’instruction contre 6 % chez les personnes ayant un diplôme supérieur. Cela reflète également les liens étroits entre éducation, bien-être et situation socio-économique.

Le chapitre du baromètre de Charleroi consacré à la santé interpelle quant aux constats établis sur la population carolo. Il paraît donc évident de mettre en relief les liens éventuels qui s’exercent entre situation économique, sociale et sanitaire sur l’entité.

En 1995, le Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme déclarait : « Etre pauvre rend malade, mais être malade peut aussi rendre pauvre. Habiter un logement insalubre, faute de moyens, peut avoir des conséquences gravissimes sur la santé. Inversement, la maladie peut entraîner la pauvreté en raison des nombreux frais inhérents aux
soins de santé. »

Au regard de ces réflexions et/ou constats, l’analyse économique de la population s’avère cruciale afin de mettre en exergue la situation locale en termes de revenu et d’emploi mais également, dans la négative en
termes de chômage. Comme nous l’avons démontré précédemment, cette situation économique a un impact sur d’autres problématiques du vécu des carolos.

Dans le but d’exposer la situation de la manière la plus fluide et complète possible, nous avons scindé cette thématique en six sections. Dans un premier temps, nous aborderons respectivement l’état des revenus et la situation en matière d’emplois. Ensuite, nous décrirons la dynamique économique de l’entité. La quatrième section s’intéressera aux taux de chômage via les chiffres de l’ONEM mais également au travers des données concernant les demandeurs d’emploi inoccupés. Nous poursuivrons avec une réflexion sur les facteurs explicatifs des freins à l’emploi. Nous terminerons sur une note plus positive détaillant l’offre de l’insertion socioprofessionnelle qui permet de rapprocher les individus carolos de l’emploi.

Vision globale des sources de revenus de l’arrondissement de Charleroi

Chaque habitant du Royaume complète une fois l’an sa déclaration fiscale. L’agrégation des données de l’ensemble des déclarations sert de base à l’établissement de statistiques sur les composantes du revenu disponible.

Les composantes du revenu disponible sont :
• l’activité économique : l’activité principale soit d’une activité salariée, soit d’une activité indépendante, les avantages en nature, etc …
• le patrimoine : les revenus nets de biens mobiliers comprennent les intérêts, les dividendes et autres bénéfices distribués et tantièmes
• la sécurité sociale : les pensions, les indemnités pour incapacité de travail, les allocations de chômage, …
• les autres transferts de revenus : les transferts entre ménages (rente alimentaire) .

Figure I : revenus nets globalisés – Exercice 2015 – Revenus 2014

Les composantes du revenu disponible pour l’arrondissement de Charleroi montrent des chiffres qui se distancient de ceux du territoire wallon. En effet, le pourcentage associé au revenu global net des indépendants et des salariés est inférieur dans l’arrondissement. A l’inverse, le revenu global net correspondant aux prépensionnés, allocataires du chômage ou de l’assurance maladie est supérieur. La catégorie « autres» qui n’affichent pas une grande différence regroupent les revenus mobiliers et immobiliers. Dans la suite du chapitre 1, nous commenterons d’autres données extraites de la base de données des revenus fiscaux et leurs indicateurs.

Revenu moyen par habitant

Revenu moyen par habitant : Revenu total net imposable / nombre d’habitants.
Revenu moyen par déclaration : Revenu total net imposable / nombre de déclarations non nulles.
Revenu médian par déclaration : Revenu correspondant à la déclaration située au centre de la série, lorsque les déclarations sont classées par ordre croissant des revenus. Cela veut dire que 50% des déclarations sont
supérieures au revenu médian et 50% des déclarations sont inférieures au revenu médian.
Le revenu moyen par déclaration est très utile si l’on désire comparer des zones géographiques différentes. 

Le revenu médian est utilisé pour les secteurs statistiques qui sont de petites zones géographiques et ou l’on risque de tomber dans le secret statistique.


Le revenu moyen par habitant de Charleroi était de 13.170 euros en 2014 (exercice 2015). Ce chiffre est nettement inférieur à celui du pays (- 26 %), de la Wallonie (- 21 %), du Hainaut (- 15 %) et de l’arrondissement
de Charleroi (- 10 %).
Son évolution depuis 2003 (exercice 2004) a été plus lente que dans les autres territoires : + 25,5 % pour
Charleroi, + 30,9 % pour l’arrondissement, + 33,7 % pour le Hainaut et + 34,9 % pour la Wallonie.
Si l’on calcule un indice de richesse avec comme indice 100 le revenu moyen par habitant de la Belgique, on
constate que Charleroi marque l’indice le plus faible.

Figure II : Indice de richesse, Charleroi – exercice 2015 – revenus de 2014, référence : Belgique = 100

En outre l’évolution de cet indice depuis 2004 est négative pour Charleroi (-7 points), pour son arrondissement (- 1,6 points) alors que le Hainaut et la Wallonie sont relativement stables.

Revenu moyen par déclaration

Toujours en 2014 (exercice 2015), le revenu moyen par déclaration de Charleroi était de 23.573 euros. Ici aussi il est inférieur à celui des autres territoires : -9,2 % par rapport à l’arrondissement, -14,1 % par rapport
au revenu du Hainaut et -20,3 % par rapport à celui de la Wallonie. Son évolution sur dix ans est la plus faible (29% contre plus de 30 + pour les autres entités géographiques reprises).

Tableau I : Revenu moyen par déclaration – Evolution 2004 – 2014

Examinons maintenant le revenu médian des secteurs statistiques composant l’entité de Charleroi.

Figure III : revenu median par déclaration (secteurs statistiques) – 2014 – Charleroi par anciennes communes


Le secteur statistique présentant le revenu médian le plus élevé est situé dans la commune de Marcinelle, il s’agit du secteur intitulé « les closières». Son revenu s’élève à 29.835 euros. La différence avec le secteur affichant le revenu le plus bas (lieu dit « beaux arts » à Charleroi) est de 16.342 euros.

Pression immobilière et pression foncière

Les chiffres de revenu (ci-dessus) vont permettre d’établir un indicateur de pression immobilière (en ce qui concerne les maisons d’habitation ordinaires, les villas et les appartements) et de pression foncière (en ce
qui concerne les terrains à bâtir).
Pression immobilière et foncière : le rapport entre le prix moyen du bien (maisons, villas, appartements ou terrains1 ) et le revenu moyen par déclaration de l’année concernée.
Il fallait en 2014, à Charleroi, 4,4 fois le revenu moyen par déclaration pour acheter une maison d’habitation ordinaire, 8,6 fois ce même revenu pour une villa et 4,3 fois pour un appartement. Dix ans plus tôt, ces chiffres étaient respectivement de 3,6 – 9,1 et 3,3. La pression immobilière a donc crû de 23 % en ce qui concerne les maisons d’habitation ordinaires de 30,9 % pour les appartement. Cela signifie que les prix des habitations ordinaires et des appartements ont augmenté plus que les revenus moyens. En revanche, entre
2004 et 2014 la pression immobilière sur les villas a diminué de 6,2 %.

Figure IV : pression immobilière – comparaison 2004-2014

 

Tableau II : pression immobilière évolution 2004- 2014

 

Tableau III : pression foncière évolution 2004- 2014

 

Toujours en 2014, le prix d’un terrain à bâtir valait 1,9 fois le revenu moyen par déclaration à Charleroi. La pression foncière était inférieure à celle de l’arrondissement (2,2), du Hainaut (3,0), de la Wallonie (2,8) et du Pays (4,4). Cette pression foncière a augmenté de 9 % en 10 ans à Charleroi. Ce chiffre est largement inférieur à ceux de l’arrondissement (+ 23 %), du Hainaut (+ 65 %) et de la Wallonie (+ 51 %). On a cependant enregistré beaucoup moins de ventes de terrains en 2014 (69) qu’en 2004 (134) soit – 48 %. Le prix moyen,
par contre, a augmenté de 41 % alors que le revenu ne progressait que de 29 %.
A Charleroi, en ce qui concerne les ventes de maisons ordinaires entre 2006 et 2016, leur nombre a diminué (2 .041 en 2006 et 1.125 en 2016 soit – 44,9 %) mais leur prix moyen a lui augmenté (+ 27,4 %). On a enregistré 82 ventes de villas en 2016 pour 112 ventes en 2006 soit une diminution de 26,8 %. Le prix moyen a, lui, augmenté de 17,7 %. Enfin, 286 appartements ont été vendus en 2016 soit 22,3% en moins qu’en 2006 (368 ventes). Le prix moyen augmentant de 36,1%.

Figure V : pression foncière – graphique, 2004 – 2014

Etat de la population active occupée et inoccupée – Charleroi, Hainaut et Wallonie.

Taux d’emploi et d’activité

Taux d’emploi : Emploi ONSS résident + travailleurs indépendants / population en âge de travailler (15 à 64 ans)
Taux d’activité : Emploi ONSS résident + travailleurs indépendants + chômeurs complets indemnisés / population en âge de travailler (15 à 64 ans)

Figure VI : Taux d’emploi – Charleroi, 2014 – comparaisons

Avec un taux d’emploi de 45,8 % (en 2014), l’entité de Charleroi affiche le chiffre le plus faible des territoires étudiés. De plus, son évolution depuis 2004 est négative (-0,4 %).

Figure VII : Taux d’activité – Charleroi, 2014 – comparaisons (%)

La situation est identique en ce qui concerne le taux d’activité (62,2%) en baisse de 3 % par rapport à 2004.

Tableau IV : Taux d’activité – classe d’age (en %), 2015

Si l’on examine les taux d’activité (pourcentages de personnes actives par tranches d’âges), l’entité de Charleroi affiche un taux d’activité supérieur à ceux des autres zones géographiques pour la tranche d’âge 18-24 ans. Cependant les taux d’activité sont relativement bas à Charleroi pour les autres classes d’âge comparativement aux autres entités géographiques étudiées.
Les taux d’emploi sont également plus faibles à Charleroi, toute catégorie d’âge confondues. La différence se creuse de manière encore plus nette au delà de 25 ans.

Emploi salarié

Selon le lieu de résidence

Au 31 décembre 2015, 45.474 travailleurs assujettis à l’ONSS étaient domiciliés à Charleroi (25.449 hommes, soit 56 % et 20.025 femmes, soit 44 %). Le secteur primaire représentait 0,1 %, le secondaire 20,2 % et le tertiaire 79,7 %.

Dans le secondaire, le domaine des travaux de construction spécialisés concerne le plus de travailleurs :
1.720. Dans le tertiaire, le commerce de détail arrive en première position avec 4.878 travailleurs suivi par l’enseignement (4.176 travailleurs). Parmi ces travailleurs, 43,9 % étaient des employés, 44,6 % des ouvriers et 11% des fonctionnaires.
On constate que dans le secteur primaire, la proportion d’hommes et femmes est presque égale. Néanmoins, on remarque une forte minorité de femmes dans le secteur secondaire (seulement 10,7 %). La tendance s’inverse dans le secteur tertiaire où les femmes deviennent dès lors légèrement majoritaires (52%). Cette majorité de femmes est uniquement observable pour les « employés » (62%) alors que les ouvriers du secteur tertiaire restent majoritairement des hommes.
En 2014, 35,1 % des travailleurs occupés sur le territoire de l’entité de Charleroi y étaient domiciliés. Parmi les travailleurs occupés sur le territoire de Charleroi (situation décembre 2015), 51,2 % étaient des employés, 31,1 % des ouvriers et 17,7 % des fonctionnaires. Le secteur tertiaire représentait 80,6 % des travailleurs, le secondaire 19,3 % et le primaire 0,1 %.

Tableau V : Travailleurs assujettis à l’ONSS domiciliés à Charleroi, décembre 2015 (en effectif)

Selon le lieu où s’exerce l’activité

Tableau VI : travailleurs assujettis à l’ONSS occupés sur le territoire de Charleroi , décembre 2015 (en effectif)

 

Il y avait 77.259 travailleurs assujettis à l’ONSS occupés sur le territoire de Charleroi en décembre 2015 (39.927 hommes soit 51 % et 37.927 femmes soit 49 %).
Dans le secteur secondaire, c’est la fabrication de machines et équipements qui occupe le plus de personnel(2.219) (pour rappel on avait dans ce même secteur 3.427 travailleurs en 2013). En seconde position, on retrouve la fabrication d’autres matériels de transport (1.933 travailleurs), les travaux de construction spécialisés (1.771 travailleurs) arrivent sur la troisième marche. Le secteur secondaire perd donc plus de 2000 emplois entre 2013 et 2015.

L’emploi indépendant

Figure VIII : Répartition de l’emploi indépendant par secteur – (nombre d’emplois et pourcentage du total) – Charleroi, 2014

Le commerce occupe 39 % de ces travailleurs, suivis par les professions libérales (27 %) et l’industrie (23 %).
Ces différentes catégories de travailleurs nous permettent de calculer divers indicateurs. Nous nous y attacherons dans le point suivant.

Tableau VII : Emploi indépendant par secteur, 2015

L’entité de Charleroi comptait 10.094 travailleurs indépendants en décembre 2015. Cela représente 6,1 % de la population âgée de 15 ans et plus. Cette part est plus élevée dans l’arrondissement de Charleroi (11 %) en Hainaut (8,3 %) et en Wallonie (9,7 %).
Comme constaté dans le graphique précédent, les trois secteurs les plus importants de l’entité sont le commerce (39%), les professions libérales (27 %) et l’industrie (23 %). Le commerce et l’industrie sont relativement plus
importants à Charleroi que dans les autres entités géographiques analysées (Hainaut, Wallonie, Belgique). A l’inverse, les professions libérales sont sous représentées par rapport aux autres zones d’analyse.

Dynamique économique

Etablissements assujettis à l’ONSS

L’entité de Charleroi comptait 4.706 établissements assujettis à l’ONSS au 31 décembre 2015. Parmi ces entreprises, 85,3 % appartiennent au secteur tertiaire, 14,6 % au secteur secondaire et 0,1 % au secteur primaire. Dans le secteur secondaire, c’est le secteur des travaux de construction spécialisés qui compte le plus d’établissements (40,9 %) suivi par la construction de bâtiments et la promotion immobilière (15,6%). Dans le tertiaire, c’est le commerce de détail qui arrive en tête avec 24 % des établissements suivi par la restauration (9,6 %).

Figure IX : établissements assujettis à l’ONSS en fonction du nombre de travailleurs (nombre d’établissements et pourcentage du total) – Charleroi, 31 décembre 2015

Figure X: Travailleurs assujettis à l’ONSS répartis suivant la taille des établissements où ils sont occupés, Charleroi 31 décembre 2015

Ces 4706 établissements occupent 77.259 travailleurs. Si l’on prend en compte les définitions de « Tout Petite Entreprise (TPE) » et « Petites et Moyennes Entreprises » (PME) (- de 50 personnes), on constate que 95 %
des établissements occupent 38% des travailleurs.

Par contre si l’on tient compte de la définition européenne de PME (- de 200 personnes), ces pourcentages sont respectivement de 99 % pour les établissements et de 73 % pour les travailleurs.

Les 7 seuls établissements occupant plus de 1.000 personnes occupent eux 12 % des travailleurs.

Taux de création et taux de cessation

Taux de création : nouveaux assujettis à la TVA / assujettis à la TVA actifs au cours de l’année de référence.
Taux de cessation : assujettis à la TVA radiés / assujettis à la TVA actifs au cours de l’année de référence.
Turbulence : taux de création – taux de cessation

Tableau VII : évolution du taux de création (A) et du taux de cessation (B) – de 2010 à 2015


Le taux de création d’entreprises sur le territoire de Charleroi en 2015 est de 10,1 % alors que le taux de cessation lui est de 10,9%. Le taux de création est plus élevé que celui de l’arrondissement (9,7 %), du Hainaut (9,2 %) et de la Wallonie (9 %).
Le taux de cessation est malheureusement lui aussi le plus élevé des territoires étudiés. En effectuant le calcul « taux de création – taux de cessation», on en arrive à un chiffre négatif de -0,8 pour Charleroi, 0,3 pour
l’arrondissement, 1 pour le Hainaut et 1,5 pour la Wallonie.

Parcs d’activités économiques et entreprises importantes

Charleroi compte cinq parcs d’activités économiques en 2015 sur son territoire:
• Aéropole
• Charleroi – Gosselies 1
• Charleroi – Gosselies 2
• Charleroi – Jumet
• Montignies-sur-Sambre

Ces cinq parcs abritent 310 entreprises qui occupent 13.219 personnes.

Figure XI : Localisation des parcs d’activités économiques de la région de Charleroi

Tableau VIII : entreprises importantes, par secteur public et privé, 2016


Notons la fermeture de Caterpillar Belgium qui étais la plus grosse entreprise employeuse du secteur privé à Charleroi. L’entreprise employait plus de 4.000 personnes en 2006. Le nombre d’employé s’élevait encore à plus de 1.900 lors de la décision de fermeture en 2016.

Le non-emploi

Demandeurs d’Emploi Inoccupés (D.E.I.)

Il est important de comprendre que les «demandeurs d’emploi inoccupés» répertoriés par le Forem englobent une population plus étendue que les demandeurs d’emploi indemnisés par l’Onem.

Le concept de chômage administratif englobe les personnes inscrites comme demandeur d’emploi auprès du Forem ou de l’ADG (ou du Vlaams dienst voor arbeidsbemiddeling en beroepsopleiding (Vdab) ou d’Actiris pour les deux autres régions du pays), inoccupées et disponibles pour travailler. Il comprend:

- les chômeurs complets indemnisés demandeurs d’emploi (CCI-DE) qui sont des chômeurs complets non liés par un contrat de travail et bénéficiant d’allocations de chômage ou d’attente, et qui sont inscrits comme demandeurs d’un emploi à temps plein;
 - les jeunes et les jeunes travailleurs en période de stage, inoccupés;
 - les demandeurs d’emploi inoccupés et librement inscrits;
 - les chômeurs admis sur la base de prestations à temps partiel volontaire;
 - les autres demandeurs d’emploi inoccupés et obligatoirement inscrits.

Analyse D.E.I. selon l’âge

Tableau IX : D.E.I. par age (en effectif), par sexe, Charleroi, avril 2015-2017

Il y avait en avril 2017, 3.381 (1.847 hommes soit 54,6 % et 1.534 femmes soit 45,4 %) D.E.I. âgés de moins de 25 ans dans l’entité de Charleroi, ce qui représente 18 % du total des D.E.I. Ce chiffre est en baisse constante
depuis avril 2013 où il culminait à 4.330 unités. Depuis 2013, la baisse atteint 13 % (10,6 % chez pour les hommes et 16,8 % pour les femmes).
Les 50 ans et plus représentaient eux 4 171 unités (2.507 hommes soit 39,9% et 1.664 femmes soit 60,1%). Ce chiffre représente 22,2 % du total des D.E.I.

Analyse D.E.I. selon le niveau d’éducation.
Tableau X : D.E.I. par type d’étude (en effectif), par sexe, Charleroi, juin 2015

En avril 2017, 89,2 % des D.E.I. de Charleroi n’avaient pas dépassé le stade des études secondaires (90,4 % chez les hommes et 87,6 % chez les femmes). Leur nombre a diminué ces cinq dernières années (-9,1 % pour les hommes et –12,3 % pour les femmes).
Les diplômés de l’enseignement supérieur représentent eux 7,5 % du total des demandeurs d’emploi (5,9 % pour les hommes et 9,4 % pour les femmes). En 2013, ce pourcentage était de 5,6 % pour les hommes et 7,4
% pour les femmes, soit 6,4 % pour l’ensemble des D.E.I.
Selon le Bureau du Plan , entre 2002 et 2009, avant la crise financière, les jeunes de 17 à 25 ans ayant au maximum un diplôme du secondaire réduisaient leur chance de 43 % de sortir du chômage par rapport à
ceux ayant un baccalauréat. Après la crise, le pourcentage est passé à 47 %.

Analyse D.E.I. selon la nationalité

Tableau XI : D.E.I. par nationalité (en effectif), en fonction du sexe, Charleroi, 2014-2015

En avril 2017, 79,2 % des D.E.I. de Charleroi étaient de nationalité belge (77,4 % pour les hommes et 81,3 % pour les femmes).

Selon la durée d’inoccupation
Tableau XII : D.E.I. selon la durée d’innocupation (en effectif), en fonction du sexe, Charleroi, juin 2015

42% (hommes 43,9 % et femmes 39,1 %) des demandeurs d’emploi de Charleroi le sont depuis plus de 2 ans. Cette proportion était de 40,5 % 5 ans plus tôt.
Comme le précise le Bureau du Plan dans sa publication « Perspectives économiques 2015-2020 » : « Au-delà de deux ans, il devient très difficile de retrouver du travail. Deux éléments pour expliquer ce phénomène.
Le premier, c’est que les meilleurs éléments quittent le chômage en premier, laissant moins de chances aux personnes qui présentent moins de caractéristiques adéquates. Ces dernières ont donc des taux de sortie du
chômage plus bas. Deuxième explication : la durée du chômage entraîne une dépréciation des compétences et une stigmatisation. »
Les D.E.I. inoccupés depuis moins de 6 mois sont 22,7 % à Charleroi (22,5 % chez les hommes et 23,1 % chez les femmes). Le nombre de D.E.I. de moins de 6 mois a diminué de 6,4 % entre avril 2013 et avril 2017.

Analyse D.E.I selon l’activité
Tableau XIII : D.E.I.selon le type d’activité (en effectif), Charleroi, juin 2014 – 2015

Tableau XIV : D.E.I. selon le type d’activité en fonction du sexe (en effectif), Charleroi, juin 2014 – 2015

Les services aux entreprises et les œuvres sociales sont les catégories recensant le plus de D.E.I. avec 10,4 % chacune. C’est la catégorie principale chez les femmes avec 11,7 %. Chez les hommes, la construction arrive
en tête avec 11,4 %.

Remarque : Plus d’un D.E.I. sur quatre est tributaire de l’article 362
et donc en stage attente (stage d’insertion professionnelle). Nous n’avons pas introduit cette catégorie dans le tableau car cela ne représente pas une
activité à part entière et les D.E.I. en attente ou en article 36 émargent à des activités différentes.

2 Art. 36 : Pour être admis au bénéfice des allocations d’insertion dans les limites de l’article 63, le jeune travailleur doit satisfaire aux conditions suivantes : 1° ne plus être soumis à l’obligation scolaire; 2° a) (soit avoir terminé des études de plein exercice du cycle secondaire supérieur ou la troisième année d’études de plein exercice de l’enseignement secondaire technique, artistique ou professionnel dans un établissement d’enseignement organisé, subventionné ou reconnu par une Communauté;) b) soit avoir
obtenu devant le jury compétent d’une Communauté un diplôme ou certificat d’études pour les études visées sous a; c) [soit avoir terminé une formation en alternance;] etc…

Le taux de demande d’emploi

Taux de demande d’emploi : Nombre de D.E.I. / population active

Tableau XV: Taux de demande d’emploi par classes d’âge, avril 2017, (pourcentage de la population,totale de la classe d’âge)

A Charleroi, les taux de demande d’emploi sont les plus élevés que dans les autres entités géographiques et ce, pour toutes les classes d’âges.

Taux de chômage (ONEm)

Taux de chômage ONEm : Chômeurs complets indemnisés - demandeurs d’emploi par rapport à la population assurée contre le chômage (Le nombre d’assurés contre le chômage sur la base des données de l’ONSS comprend, outre les cotisants (statistiques ONSS), les bénéficiaires de l’assurance chômage et les travailleurs frontaliers domiciliés en Belgique qui, bien que ne cotisant pas en Belgique, peuvent bénéficier d’allocations de chômage.

Tableau XVI: Chômeurs et taux de chômage 2015-2016 (effectif et %)

En juin 2016, le taux de chômage de Charleroi était de 20,3 % (21,8 % pour les hommes et 18,4 % pour les femmes). C’est le plus élevé des territoires étudiés ici. En juin 2006, ce taux était de 31,7 %, Charleroi enregistre donc une baisse de 36,1 % de son taux de chômage en 10 ans. Cette baisse est de 36,8 % pour l’arrondissement de Charleroi, de 36,2 % pour le Hainaut et de 34,4 % pour la Wallonie.Cette baisse est surtout due à la diminution du chômage féminin (-52,7 % en 10 ans) qui passe de 10.481 à 4.817 unités. Chez les hommes, la baisse enregistrée est de 3.399 unités soit 32,2 %.En 2015, on constatait une autre diminution. Le taux de chômage passe en dessous de la barre des 20% à Charleroi, ce pourcentage se maintient en 2016. Tous les chiffres disent la même chose : toutes zones géographiques confondues, homme ou femme, le chômage a diminué cette dernière année. Les nouvelles politiques en matière de chômage sont sans nul doute à l’origine de ces nouveaux chiffres et il faudra probablement croiser ces nouvelles données avec les chiffres des CPAS en matière de revenu d’intégration pour visualiser la vraie réalité de la situation.

Remarque globale sur la diminution du nombre de DEI

Comme rapporté précédemment, sur les cinq dernières années, toutes catégories confondues (âge, sexe, durée, type d’activité) on observe une diminution constante du nombre de DEI. Plusieurs hypothèses peuvent être posées pour expliquer ces diminutions. Si certaines personnes ont probablement retrouvé le chemin de l’emploi, il faut noter que, suite aux politiques d’austérité et d’activation menées en Belgique ces dernières années, de nombreuses personnes ont été exclues du chômage (et in fine de ses indicateurs). Tous ces individus n’ont malheureusement pas tous trouvé un emploi. De nombreux se retrouvent aujourd’hui dépendant d’autres pourvoyeurs d’aides sociales tel que le CPAS par exemple.La comparaison avec 2016 montre que c’est surtout le nombre de chômeurs complets indemnisés qui est en nette diminution et non la population assurée contre le chômage qui enregistre, elle, une faible baisse.Le chômage se maintient malgré tout à un haut niveau ce qui est le signe d’un chômage structurel et non conjoncturel3.

 

3 Le chômage conjoncturel : Ce chômage est lié à l’évolution de la conjoncture économique du pays. Quand l’activité économique du pays ralentit, le chômage augmente. Le chômage structurel : provient du fait que de nombreux chômeurs ne sont pas prêts à occuper les emplois proposés faute de formation adaptée, d’expérience suffisante, mais aussi d’un salaire attractif.

Les freins et barrières à l’emploi

Dans un chapitre sur la situation économique d’une ville où l’on aborde des données relatives à l’emploi et au chômage, il semble important de pouvoir également poser la question de ce qui facilite ou freine la mise à l’emploi des individus, au-delà du problème lié à la quantité d’emplois disponibles.
Une étude menée entre octobre 2011 et mars 2012 sur la métropole lilloise, met en avant les observations portant sur les besoins des demandeurs d’emploi. Elle avait pour objectif d’identifier des enjeux et des axes de travail par la caractérisation des difficultés d’accès à l’emploi rencontrées par les publics. 28 types de freins périphériques ont été définis et regroupés en 8 grandes familles (8 points exposés ci-dessous en gras). Ces 8 grandes familles vont nous servir de balises afin d’approfondir certaines problématiques pour lesquels des données sont disponibles afin de mieux comprendre la situation carolorégienne. En effet, dans le cadre de ses activités, la FUNOC observe ces freins et peut fournir des éléments de compréhension qualitatifs.

1. Adaptation à l’entreprise

Il n’est certes pas facile pour un DEI de longue durée de s’intégrer dans une équipe, de se plier aux règles de la hiérarchie, d’adopter les comportements professionnels attendus, notamment en termes de ponctualité.
Mais parallèlement à cette première grande famille de freins, nous pouvons aussi soulever la nécessité d’adaptation au changement de vie. Il faut en effet avoir la capacité de modifier son rythme de vie. Tout doit se faire beaucoup plus vite quand de nombreuses heures de la journée sont absorbées par le travail. Il faut rechercher des modes de déplacements plus rapides, planifier à l’avance l’organisation de la journée, … Un ensemble de choses que quelqu’un qui n’a jamais travaillé, et parfois même, qui n’a jamais vu ses parents travailler, n’a jamais appris à faire.

2. Repérage sur le marché du travail

Il n’est pas évident de définir son projet professionnel, de faire valoir ses compétences, de faire preuve d’autonomie dans les démarches, de garder la confiance.Le repérage sur le marché du travail, voire même sur le marché de la formation, est en effet particulièrement complexe pour un demandeur d’emploi de Charleroi. L’offre est très vaste mais en même temps très peu
accessible. Comment garder la confiance quand les employeurs semblent chercher un mouton à cinq pattes ? Comment faire preuve d’autonomie dans les démarches quand on voit le faible niveau de qualification de la majorité des demandeurs d’emploi ? Et puis, avoir un projet professionnel implique d’avoir la capacité de se projeter dans l’avenir. Alors que pour beaucoup de DEI, l’avenir s’annonce plutôt noir, ils préfèrent donc éviter d’y penser pour ne pas trop déprimer. Ils ont appris à vivre au jour le jour selon le dicton « à chaque
jour suffit sa peine ! ».
C’est ainsi que des centaines de personnes sont accueillies chaque année dans des dispositifs de remobilisation financés par le FOREM. Des personnes en perte totale de confiance, tant en soi qu’en la société. Des personnes qui pensent qu’elles n’ont aucun avenir. Dès lors, comment trouver l’énergie de se mobiliser ? Des personnes qui n’ont pas la capacité d’évaluer objectivement leurs compétences et d’identifier leurs besoins, soit parce qu’elles font preuve d’un terrible complexe d’infériorité, ou a contrario, parce qu’elles ont développé un terrible complexe de supériorité pour contrer leur complexe d’infériorité.
Nous pourrions aussi ajouter « faire bonne présentation », ce qui implique de régler les problèmes d’hygiène plus présents auprès d’une population précarisée.

3. Mobilité

En matière de mobilité, nous devons admettre les difficultés que peuvent rencontrer les DEI à obtenir le permis de conduire (difficultés cognitives tant que financières) et admettre aussi certaines réticences sociales à la mobilité.
Parler de réticences sociales à la mobilité ne signifie pas forcément le « refus de bouger » mais plutôt la « peur de bouger ». Il n’est en effet pas facile, pour certaines personnes, d’oser sortir et d’utiliser les différents moyens de transports quand on a des difficultés à lire les panneaux, les horaires, une carte, quand on n’ose pas demander son chemin de peur d’être mal reçu parce qu’on ne s’exprime pas très bien ou qu’on ne présente pas très bien, quand on n’est pas capable de calculer si on a payé le prix juste (le chauffeur a-t-il
rendu la monnaie exacte ?) et donc qu’on est susceptible de se faire avoir.
Qu’en est-il alors de conduire une voiture quand on n’a jamais eu l’habitude d’être à l’avant d’un véhicule parce que la famille n’en a jamais possédé un, quand on ne connait pas bien sa gauche et sa droite, voir même ce que représentent les distances et que soudain il faut avoir l’attention de tous côtés en même temps ?
Il faut admettre que la mobilité n’est pas une chose facile si nous nous mettons un instant dans la peau de quelqu’un qui a des difficultés à maitriser les notions spatio-temporelles.
De plus, le développement massif de l’automobile et la politique du « tout à la voiture » mise en place dans les années 60 a entraîné la société à favoriser, voire à rendre indispensable, le mode de transport le plus dangereux, le plus polluant et le plus coûteux pour les individus et pour la collectivité. L’augmentation du parc automobile a induit une diminution progressive de l’offre publique de transport jusqu’à créer, dans le contexte de crise économique que nous connaissons, une amplification des inégalités pour celles et ceux qui n’ont pas accès au véhicule individuel.

Même si la société commence à prendre conscience des impacts environnementaux et sur la santé de notre manière de circuler, elle n’offre pas encore d’alternatives satisfaisantes à la voiture individuelle. Il faut alors s’imaginer le réel handicap que représente l’absence de véhicule et/ou de permis de conduire.
D’autant que la chaîne de déplacement s’est fortement complexifiée depuis quelques décennies (moins de transport public mais une dispersion territoriale de plus en plus grande avec une disparition des services de proximité). En effet, alors que 20% des emplois se situent dans des zones d’activités excentrées, les populations fragilisées sont, elles, concentrées dans des cités dortoirs en périphérie du centre urbain où la pression immobilière est moins forte. Les distances à parcourir pour acheter un pain, déposer les enfants à
l’école, faire une démarche administrative, se rendre au travail, … sont de plus en plus longues ce qui induit une organisation de plus en plus complexe des trajets journaliers.
Le résultat de cet allongement des distances, dans un contexte d’activation renforcée malgré une pénurie d’emploi, oblige les DEI à accepter parfois un emploi dans des conditions incompatibles avec la vie de famille, les moyens de transport disponibles, des horaires décents. Et cela s’avère souvent intenable sur le long terme; c’est pourquoi il n’est pas rare de voir un candidat abandonner un contrat d’emploi qu’il a pourtant mis si longtemps à obtenir.
Finalement, le tableau suivant montre que près de 50 % des D.E.I ne possède aucun permis de conduire. De plus, la possession du permis A ou B, ne va pas nécessairement de pair avec la possession d’un véhicule, ce qui donne donc une information uniquement partielle sur la possibilité de mobilité des individus.

Tableau XVII : nombre de D.E.I. à Charleroi selon l’âge et le permis de conduire

Par ailleurs, notons que de 2008 à 2015, l’asbl Mobil’Insert, créée en réponse à des problèmes rencontrés de manière récurrente par les opérateurs d’insertion, a accueilli un demi-millier de personnes par an pour travailler soit l’apprentissage du permis de conduire pratique (environ 1/3 du public), soit l’ouverture à la mobilité au sens large (environ deux tiers du public) à la demande très souvent des pouvoirs communaux.Toutefois, la nouvelle législation en matière d’apprentissage de la conduite a contraint l’asbl à cesser toutes activités en fin d’année 2015. Si l’EFT Chantier a entre-temps réouvert une auto-école sociale, il n’existe toutefois plus de formation à la mobilité au sens large (comment lire une carte, un horaire de bus, quel temps
faut-il pour se déplacer d’un point A à un point B, comment rationnaliser les trajets, …).

4. Logement

Nombreux sont les DEI qui ont des difficultés de logement. Il faut entendre par difficultés de logements le fait d’être soit sans domicile fixe, ou de loger dans un habitat provisoire, ou de risquer de perdre son logement, ou d’habiter un logement inadapté, insalubre, ou un logement au loyer et/ou charges trop élevés.
Avoir l’énergie de se former, de rechercher un travail ou de le garder implique pourtant de bien dormir. Il n’est dès lors pas difficile de comprendre que ne pas avoir un bon toit au-dessus de sa tête aura forcément in fine un impact sur l’employabilité d’une personne. Mais cette variable aura également un impact sur l’hygiène et la santé en général. Enfin, vu l’importance de posséder une adresse de résidence légale, il ne faut pas non plus négliger l’impact d’ordre administratif.

5. Difficultés financières

Il n’est pas difficile de concevoir que les DEI doivent souvent faire face à des difficultés financières. Certains sont sans aucun revenu. D’autres bénéficient d’allocations souvent insuffisantes pour assurer toutes les dépenses du mois. Nombreux sont donc ceux qui plongent dans des problématiques de surendettement.
Or, postuler, se rendre à un entretien d’embauche, faire garder les enfants, … demandent des moyens que beaucoup n’ont pas ou pas en suffisance.

Par ailleurs, il n’est pas rare, pour les personnes peu qualifiées, d’être plus pauvres à l’emploi qu’au chômage. Ce qui peut alors sembler un choix socialement inconvenable n’est en fait, pour une personne vivant sous le
seuil de pauvreté, qu’une question de survie. Est-il en effet indécent de refuser un emploi si les frais engendrés par le fait d’aller travailler (coût du transport, de la garde d’enfant, d’une bonne tenue vestimentaire) vont rendre la famille encore plus pauvre ?

6. Garde d’enfants : Offre de services insuffisante, freins financiers (garde coûteuse), difficultés d’organisation familiale

En matière de garde d’enfants, le DEI est souvent confronté à une offre de services insuffisante, des freins financiers (garde coûteuse) ainsi qu’à des difficultés d’organisation familiale.
S’il est déjà difficile d’organiser la garde des enfants avec un emploi stable et des horaires fixes, cela peut s’avérer mission impossible pour des périodes d’intérims et/ou avec des horaires flexibles, horaires décalés.
De nombreuses mamans DEI vivent très mal le fait de bouleverser sans cesse les rythmes et activités des enfants en assumant des contrats de courtes durées. Elles préfèrent alors renoncer à une série d’offres même
si cela diminue leurs chances de trouver un contrat stable.
Par ailleurs, il faut se rendre compte que pour des personnes qui n’ont pas bénéficié d’une bonne scolarité et qui n’ont jamais travaillé, s’occuper des enfants est peut-être le seul élément de valorisation. Etre contraint de confier ses enfants à une gardienne peut alors leur enlever le peu d’estime qu’elles ont d’elles-mêmes et dès lors avoir un impact psychosocial important. C’est un peu comme si elles reniaient leur progéniture, n’assumaient pas leur rôle parental, comme si elles étaient incapables de s’occuper correctement de leurs enfants.
En termes de chiffres, les conclusions que l’on peut tirer des difficultés liées à la garde d’enfant sont probantes.

Tableau XVIII : noyaux familiaux selon le lieu de résidence – 2016


C’est à Charleroi (par rapport aux autres zones géographiques prise en considération dans le tableau) que l’on retrouve le plus faible pourcentage de couples sans enfants (18,1 %). C’est aussi à Charleroi que l’on retrouve le plus haut taux de familles mono-parentales (14,9 %). Finalement Charleroi se distingue par un taux plus élevé d’isolés (41,5 %) que les autres entités géographiques prises en considérations (Charleroi arrondissement : 36,6 %, Hainaut : 35,2%, et Wallonie : 35,3% .

C’est à Charleroi que le taux de couverture est le plus faible avec 21,2 % (ce taux était de 19,1 % en 2010), l’arrondissement de Charleroi affiche 23,4 %, le Hainaut 27,7 % et la Wallonie 32,9 %.

Accueil de la petite enfance 

Taux de couverture : Nombre de places d’accueil / (les enfants de moins d’1 an) + (les enfants au-delà d’1 an) + (50% des enfants de 2 à 3 ans).

Figure XV : Taux de couverture accueil de la petite enfance, 2015

7. Difficultés administratives

Etre en situation irrégulière (étranger), ne pas posséder un permis de travail, ne pas avoir un casier vierge en matière de bonne vie et mœurs ou être en attente de décision/d’application de peine judiciaire constituent clairement un frein à l’emploi ou en tout cas à l’emploi déclaré.
Mais ce qui peut constituer aussi un frein à l’emploi ce sont les lourdeurs administratives auxquelles sont confrontés les DEI dès que s’envisage l’emploi. On entend par là, la nécessité de se réinscrire comme demandeur d’emploi après chaque période de travail, les démarches pour obtenir les attestations nécessaires aux aides diverses (passeports APE, …), l’obligation de rentrer un certificat médical à la mutuelle dès parfois le premier jour de maladie, etc.

8. Santé

Les DEI doivent souvent faire face à des difficultés d’ordre physique ou d’ordre psychologique.
En effet, la durée d’inactivité influe considérablement sur la santé mentale des demandeurs d’emploi.
Par ailleurs, une inactivité prolongée peut entrainer une faiblesse physique (perte de musculature, baisse d’énergie).
Il n’est pas rare que les candidats à l’emploi doivent aller au-delà de leurs forces pour avoir une chance de faire ses preuves, pour passer d’un CDD à un CDI. Le fait de baisser la cadence une fois le CDI décroché est alors très mal perçu par l’employeur qui a le sentiment de s’être fait manipuler. En réalité, c’est souvent parce que le travailleur était soumis à un effort qu’il n’est pas capable de tenir sur la longueur. La sécurité de l’emploi lui offre alors la possibilité de relâcher un peu la pression pour ne pas craquer.
Autres freins à l’emploi.
Enfin, à ces huit grandes familles de freins mises en avant dans cette étude lilloise, nous pourrions en ajouter deux autres :

1) Les difficultés d’ordre social et culturel : sous cet intitulé, nous pouvons regrouper :
– La pauvreté culturelle (le manque d’accès aux livres ou aux événements culturels, le manque de découvertes, d’ouvertures à d’autres réalités que la sienne, …)
– La reproduction sociale. Plus on est culturellement pauvre et plus on a tendance à reproduire le schéma de sa propre famille parce qu’on ne connait pas bien les autres schémas possibles. Alors quand on est issu d’une famille au chômage depuis plusieurs générations, il est extrêmement difficile de se projeter à l’emploi.
La valeur travail n’occupe d’ailleurs pas la même place que dans les familles où tout le monde travaille. On y a développé d’autres centres d’intérêts pour donner un sens à la vie.
– Les inégalités de genre. Bien que la société belge ait beaucoup évolué sur ce point, la culture de la femme au foyer est encore bien présente, particulièrement dans les milieux précaires où les hommes assument plus souvent des emplois physiquement difficiles. Ils souhaitent alors en rentrant chez eux retrouver un nid accueillant (une maison bien entretenue, un repas tout chaud et des enfants calmes et bien élevés). Lourdes responsabilités pour la femme qui, quand elle travaille, doit être capable d’assumer les tâches ménagères malgré tout comme si elle cumulait deux jobs à la fois.
– La culture religieuse ou les origines et traditions. S’il y a bien une réalité qu’il ne faut pas nier c’est que porter un nom à consonance étrangère reste un frein à l’emploi, même à Charleroi, même en 2017, dans certains secteurs professionnels plus que dans d’autres d’ailleurs. Alors si, par respect des traditions, on choisit de porter le voile, par exemple, cela devient encore plus compliqué. Les congés demandés pour participer aux fêtes religieuses ne sont pas toujours bien accueillis. Et plus on côtoie du monde (notamment en travaillant) et plus on est susceptible d’être, à un moment, confronté à des propos racistes.
– La relation de couple. Il y a dans certains foyers une terrible emprise d’un adulte sur l’autre. La jalousie, la peur de l’autonomisation de l’autre, d’une reconnaissance sociale plus importante que la sienne, … peuvent
conduire hommes, ou femmes parfois, à contraindre le conjoint à rester à la maison.

2) Les difficultés liées au manque de qualification : comme nous avons pu le voir précédemment, 89,2% des DEI de Charleroi n’ont pas dépassé le stade des études secondaires. Alors que, de nos jours, posséder au maximum un diplôme du secondaire réduit presque pour moitié les chances de signer un contrat de travail, rechercher un emploi nécessite la maîtrise de savoirs (savoir-faire, savoir-être, savoir-devenir), de n’avoir pas trop de difficultés d’apprentissage, d’avoir la capacité de se réorienter vers de nouveaux savoirs, d’être curieux, d’avoir de l’ambition.
Actuellement, si on tient compte des listes d’attente dans certaines filières de formation, on peut dire que l’offre est insuffisante. A cela s’ajoute la problématique des chaînons manquants. Il manque en effet certaines
passerelles pour faire la jonction entre deux offres de formation (Centre d’insertion socioprofessionnel (CISP) et FOREM par exemple). C’est pourquoi la sous-commission insertion socio-professionnelle du Plan de Cohésion Sociale de la Ville de Charleroi a décidé de mettre sur pied un groupe de travail filières et passerelles qui va travailler sur la cohérence de l’offre et les connexions entre opérateurs de formation.
Si toutes ces observations ne sont pas quantifiables sur Charleroi, nous avons néanmoins pu récolter des données qualitatives et quantitatives sur les variables mises en avant par l’étude lilloise. Quant aux situations de précarités financières ou sanitaires à Charleroi, elles ont été abordées plus amplement dans les chapitres précédents et ne sont pas sans liens avec les freins mentionnés ci-dessus. Par ailleurs, notons que les thématiques de mobilité et de logement seront abordées plus amplement dans d’autres chapitres.

Promotion sociale, formations et aide à l’emploi

Si on relève des indicateurs d’éventuels freins à l’emploi tel que le manque de places dans des institutions de la petite enfance, il est important également de mentionner que des mesures sont prises pour aider les individus à aller vers l’emploi. L’offre et la fréquentation en enseignement de promotion sociale et de formation, l’offre en termes d’insertion professionnelle sont des exemples qui démontrent que l’entité de Charleroi tente de mettre en œuvre une politique d’insertion socioprofessionnelle à la hauteur des problèmes qu’elle rencontre .
Décrire l’offre et la participation aux nombreuses associations et institutions de l’insertion socioprofessionnelle (ISP) et de la Formation relève du développement d’une thématique à part entière. Pour ne citer que
quelques chiffres :
La Mission Régionale pour l’insertion et l’emploi à Charleroi (MIREC), institution ayant le rôle charnière entre les demandeurs d’emploi, les entreprises en recherche d’emploi et les opérateurs de formation et
d’insertion a accompagné plus de 4000 individus dans un processus d’ISP en 2016. Le public de la MIREC étant un public peu diplômé, 78 % des bénéficiaires d’un suivi n’ont pas le diplôme de l’enseignement
secondaire.

Le cœur de métier du Forem, Service public wallon de l’Emploi et de la Formation professionnelle, est l’insertion des demandeurs d’emploi sur le marché du travail dans une perspective d’emploi durable et de qualité, ainsi que la satisfaction des besoins des employeurs et de leurs offres d’emploi. En 2016, il compte pour le bassin de Charleroi 25.397 accompagnements individualisés en cours sur l’année et 13.361 accompagnements initiés durant celle-ci. Par accompagnement, il faut comprendre des services de conseil,
d’orientation et d’information personnalisés destinés à accompagner les personnes dans leur recherche d’emploi ou dans leur parcours professionnel. Le Forem propose aussi des formations leur permettant d’obtenir une qualification conforme aux exigences du marché de l’emploi. En 2016, 1.951 demandeurs d’emploi ont été formés par le Forem et 2.955 en partenariat avec le Forem.
Autre exemple, le CPAS comptait 764 bénéficiaires engagés via son programme d’insertion professionnelle «contrat article 60 » en 2016.
Cet aperçu chiffré en termes de bénéficiaires de l’offre d’insertion socioprofessionnelle (et celle qui concerne la formation) doit être développé dans une thématique à part entière. La question sera traitée plus amplement dans un autre chapitre.

Conclusion

Les 116.687 habitants de Charleroi en âge de travailler représentent 58 % de la population totale.
En 2015, le taux d’emploi de Charleroi était de 45,9 %. Le Hainaut affiche 54,1 % et la Wallonie 57,12 %. Cet écart dans les taux d’emploi explique en partie la différence dans la composition du Revenu Total Net Imposable. En effet, dans l’arrondissement de Charleroi, les travailleurs salariés et les indépendants
contribuent à hauteur de 58,25 % à la constitution du Revenu Imposable. En Wallonie, ce taux est de 64,4 %. Les 18.771 DEI de Charleroi en 2017 représentent une diminution de 10 % depuis 2014 (21.119 DEI).
Cette diminution est cependant principalement liée aux exclusions des chômeurs. Parmis ces demandeurs d’emplois 89,2% n’ont pas dépassé le stade des études supérieures et 42 % de ces mêmes DEI possèdent ce
statut depuis plus de 2 ans.
Ces différents constats révèlent une difficulté, pour l’entité et ses habitants, liée à la situation de l’emploi. Alors que le nombre de personnes en âge de travailler est similaire aux autres entités géographiques étudiées dans le chapitre, les indicateurs de l’emploi sont plus faibles, reflétant une situation économique relativement plus précaire. Dans le but de comprendre ce phénomène, nous avons tenté de mettre en avant (avec les données disponibles) ce qui pouvait constituer des freins à l’emploi.
On relève certains freins à l’emploi notamment en termes d’accueil de la petite enfance où le taux de couverture de Charleroi atteint 21,1 % en 2015 pour 27,7 % en Hainaut et 31,4 % en Wallonie. Si on ajoute à ces chiffres les 15 % de familles monoparentales, on peut se faire aisément une idée des difficultés rencontrées par ces mères ou pères élevant seuls leur(s) enfant(s).

Autre barrière à l’emploi, un demandeur d’emploi sur deux ne dispose pas du permis de conduire et rien n’indique que ceux qui en possèdent un disposent d’un véhicule.
Il n’est donc pas étonnant de voir l’indice de richesse de la ville de Charleroi (basé sur le revenu moyen par habitant national) n’atteindre qu’un score de 74 (par rapport à l’indice 100 de référence pour la Belgique) alors que le Hainaut affiche 88 et la Wallonie 95.
L’entité de Charleroi compte 4.706 établissements assujettis à l’ONSS occupant 77.259 travailleurs. Le taux de création d’entreprises est plus élevé à Charleroi que dans les autres zones géographiques (le taux de cessation est aussi le plus haut mais cela dénote néanmoins une volonté d’entreprendre). Les cinq parcs d’activités économiques abritent 310 entreprises occupant 13.219 personnes.
Des entreprises comme Sonaca, Sabca, Alstom, Thales Alenia Space Belgium sont mondialement reconnues.
Deux géants de la grande distribution sont aussi présents à Charleroi (Mestdagh et Cora). Malheureusement la fermeture de Caterpillar en 2016 a engendré la perte de presque 2.000 emplois.
Enfin, de nombreuses associations et institutions du secteur public ou privé développent une offre diversifiée dans le secteur de la promotion sociale, de la formation et plus généralement de l’insertion socioprofessionnelle. La Mirec, la Funoc, le Forem ou le CPAS pour n’en citer que quelques unes offrent de
nombreuses possibilités d’insertion et de suivis à un nombre élevé d’habitants de l’entité.