Sécurité

La notion de sécurité englobe diverses thématiques comme la criminalité, le roulage, les nuisances urbaines ou sociales, l’insécurité telle qu’elle est ressentie subjectivement par la population, etc. Le sujet peut -être décliné au moins sous deux formes : une quantitative, basée sur la récolte de données chiffrées et une qualitative, qui tente de rendre compte d’une perception plus subjective de la sécurité.

Au travers d’un regard plus quantitatif, les statistiques officielles (chiffres policiers, statistiques judicaires, pénitentiaires) permettent d’éclairer la criminalité «apparente». Ces statistiques ne mesurent que la criminalité portée à la connaissance des autorités. Elles ne sont donc pas des indicateurs valides pour mesurer la délinquance, la criminalité réelle. En effet, tout acte criminel ne donne pas nécessairement lieu à une constatation par les autorités compétentes. La littérature criminologique parle dans ce cas de « chiffre noir ».

Pour compenser les lacunes des statistiques officielles sur la délinquance, différents questionnaires ou sondages peuvent être réalisés. Ces enquêtes permettent l’accès à une vision plus subjective de la sécurité, telle qu’elle est perçue par la population et peuvent prendre les formes suivantes :

  • Le sondage de délinquance auto rapportée où il est demandé aux personnes interrogées de révéler les délits commis sur un certain laps de temps.
  • L’enquête de victimisation qui permet aux personnes sondées d’indiquer qu’elles ont été victimes de délits.
  • Des enquêtes sur les perceptions de la sécurité ou de l’insécurité.

Pour la Belgique, le « Moniteur de sécurité » est un exemple mixte d’enquête balayant plusieurs thématiques telles que les situations vécues comme problématiques dans son quartier par la personne interrogée, la victimisation et la propension à déclarer les délits, le sentiment d’insécurité et l’évaluation du fonctionnement policier. Malheureusement cette enquête téléphonique n’a pas pu avoir lieu en 2011 et ne sera pas actualisée avant 2020. La police locale de Charleroi, en collaboration avec la police fédérale, a donc réalisé une «enquête locale de sécurité» en guise d’alternative.

Nous aborderons donc la thématique de la sécurité à Charleroi par le biais des statistiques officielles et diffusées par la police et par l’enquête locale de sécurité. Les actions de prévention menées par les institutions publiques ne seront pas oubliées puisque les données issues de la Direction de la Prévention et de la Sécurité de la Ville de Charleroi viendront compléter l’image dressée de la sécurité.

Effectivement, via les subsides perçus dans le cadre des plans stratégiques de sécurité et de prévention, le SPF Intérieur permettent aux autorités locales l’élaboration et la concrétisation d’une politique de sécurité et de prévention sous la forme d’un Plan Stratégique de Sécurité et de Prévention (PSSP). La portée effective du PSSP est large. Il vise la prévention et la sécurité mais aussi la qualité de vie de l’ensemble des citoyens et étrangers séjournant dans notre Ville. Le fonctionnement de la zone de police de Charleroi est ainsi renforcé par la présence d’un service de prévention ce qui offre des possibilités de synergies entre le service de prévention et la police.

Beaucoup d’acteurs sont impliqués dans les définitions des plans d’actions stratégiques en termes de sécurité. Nous avons travaillé dans le cadre de ce baromètre avec la Police Fédérale, la Police Locale et la Direction de la Prévention et de la Sécurité de la Ville de Charleroi. Chacun de ces agents Chacune de ces institutions développe une analyse complète (basée à la fois sur des données quantitatives et qualitatives) de la situation socioéconomique carolo et des problèmes en terme de sécurité afin d’établir les lignes de conduites et plans d’actions stratégiques qui s’inspirent d’axes prioritaires mis en avant par l’analyse des données.

Dans le cadre de ce chapitre, nous avons désiré partir du croisement de ces différents axes afin d’exposer les données de sécurité relatives aux problèmes considérés comme principaux par les instances en charge de la sécurité.

1 Le Moniteur de sécurité est une enquête téléphonique réalisée en principe tous les 2 ans. Il a été réalisé en 1997, 1998, 2000, 2002, 2004, 2006, 2008/2009. Les résultats sont disponibles sur www.moniteurdesecurite.policefederale.be

2 Les différentes enquêtes locales menées par les zones de police sont publiées sur www.lokalepolitie.be/lvb/fr/rapp-zp-com. html dont celle de la police locale de Charleroi.

Méthodologie de récolte de données sur la criminalité

Définition des données de criminalité 3

Afin d’étayer la problématique de la sécurité, nous nous baserons dans un premier temps sur les Statistiques Policières de Criminalité (SPC), que le Service Public Fédéral Intérieur (SPFI) a décidé de les publier par trimestre dans un souci de transparence et afin que le public et les instances politiques puissent se saisir de données pertinentes dans la réalisation de leur choix de gestion.

Ces chiffres sont ceux liés aux infractions enregistrées par les services de police en Belgique. Sur base des procès-verbaux réalisés par les services de la police, les données sont enregistrées dans des bases structurées selon deux niveaux distincts : un acte accompli ou une tentative.

Les données disponibles peuvent-être classifiées sous trois grandes catégories :

Des infractions pénales, à savoir les infractions au Code pénal (crimes, délits et contraventions) et les infractions aux Lois spéciales (par exemple la loi en matière de drogue de 1921).

Des figures criminelles/phénomènes: les faits qui ne sont pas repris tels quels dans le Code pénal mais qui sont catalogués sous cette dénomination dans la pratique policière quotidienne. Il s’agit de la combinaison d’un délit (p. ex. un vol) avec, entre autres, l’objet ou le moyen de transport sur lequel a lieu le vol (p. ex. vol de voiture), le lieu où le délit a été commis (p. ex. cambriolage dans une habitation) ou la manière dont le délit a été commis (p. ex. vol à main armée). La définition et la détermination de ces figures criminelles sont le fruit des travaux du Groupe de travail sur les statistiques policières.

Des faits non infractionnels: à côté des infractions pénales, les banques de données policières recensent un certain nombre de faits qui ne sont pas punissables mais font tout de même l’objet d’un procès-verbal (p. ex. suicides, difficultés familiales, objets perdus, etc.).

Les statistiques utilisées pour ce baromètre couvrent la période infractionnelle jusqu’au 30-06-2017, mais nous limiterons l’actualisation des données à l’année 2016.

Remarques complémentaires

Les données criminelles sont récoltées de différentes manières : afin d’éclairer la méthodologie de récolte de données, la différence entre délits proactifs et délits réactifs doit être explicitée.

«Délits proactifs» par rapport aux «délits réactifs»:

« Pour certaines catégories de délits (p. ex. infractions en matière de drogues, étrangers en situation illégale, mariage blanc, détention illégale d’armes, délits financiers et économiques) , les enregistrements sont étroitement liés à l’engagement fourni par les services de police. C’est ce que l’on appelle les «délits proactifs» («criminalité quérable»): plus on cherche (actions policières), plus on trouve de faits. Plus on effectue de contrôles en matière de drogues, par exemple, plus on interpellera de personnes en possession de substances illicites et donc plus de P.-V. (d’office) seront rédigés. Une hausse dans les chiffres de tels délits ne signifie donc pas nécessairement qu’il y a aussi réellement une hausse de ces délits. Les évolutions sont davantage un indicateur de l’activité de la police ».

« D’autres catégories de délits (p. ex. les cambriolages, les vols à main armée, la violence contre les personnes, les dégradations) dépendent moins de l’activité de la police. Ce sont des délits réactifs. Le P.V est rédigé à la suite d’une plainte (déposée par la victime) ou d’une déclaration (établie par un tiers) auprès des services de police. Les évolutions sont plutôt un reflet des phénomènes qui ont réellement lieu mais elles peuvent également être influencées par un changement dans la propension à déclarer un délit.»5

Notons également que la propension à déclarer un délit dépend des conséquences liées à cette même déclaration. Par exemple, si les victimes d’atteinte aux mœurs auront de la réticence à porter plainte, les victimes d’un vol ou d’un cambriolage seront plus enclines à entamer une démarche si l’assurance réclame un papier officiel.
« Il faut faire une différence entre la «criminalité quérable» et la «criminalité rapportée», cette dernière étant enregistrée sur base d’une déclaration de la victime (p. ex. cambriolage), et pour laquelle la propension à
éclarer dépend plus du type de délit que de l’environnement spatial. Concernant la «criminalité quérable» (p. ex. délits en matière de drogues), le nombre d’enregistrements peut varier fortement en fonction du degré
d’activité de la police dans certains domaines criminels. »6
Au travers de ces explications, on perçoit donc que le « chiffre réel » de délits est en fait inconnu et seule une estimation de ce chiffre est possible au vu des données disponibles. La nuance entre le « chiffre réel » et le nombre de faits enregistrés s’appelle le chiffre noir (dark number). Le moniteur de sécurité comportant un chapitre sur « la victimisation et la propension à déclarer les délits » est un outil parmi d’autres permettant d’approcher ce chiffre noir.

Comparaisons géographiques

«Où y a-t-il plus de criminalité ? » Une réponse à cette question peut être apportée par le calcul d’un taux de criminalité. Le taux de criminalité rapporte le nombre de faits enregistrés au nombre d’habitants d’une zone géographique définie. Il permet d’établir des comparaisons entre communes, entre régions.
Il est cependant déconseillé d’établir un taux global de criminalité, c’est-à-dire un taux qui reprendrait, sans distinction, tous les délits possibles, sans pour autant les différencier du point de vue de leur gravité (meurtre  versus vol de vélo).
De plus, « comparer les chiffres de la criminalité des communes en considérant uniquement le taux de population ne suffit pas pour établir une comparaison entre les communes de façon raisonnable. » 7
Au delà du nombre d’habitants dont se compose le territoire, l’attention doit également être portée sur le nombre de personnes qui, quotidiennement, sont présentes sur ledit territoire. Ce nombre peut fortement varier en fonction de différents critères (pôle d’attraction pour l’emploi, le commerce, l’enseignement, le tourisme). Concernant les villes, « le nombre de personnes présentes sur leur territoire est quotidiennement beaucoup plus élevé que le nombre officiel des habitants inscrits sur leurs registres. Il est évident que ces
personnes peuvent être des victimes potentielles et le flux quotidien de personnes crée en soi une force d’attraction pour les comportements criminels. »8
L’indicateur « taux de criminalité » est parfois peu précis. S’il se décline sous forme de classement entre communes, les places que prendront ces communes dans le classement peuvent être biaisées par ces variations.

Il est indiqué, pour comparer les communes entre elles, de faire appel à la typologie des communes, laquelle répartit celles-ci en catégories comparables (par exemple ville faiblement urbanisée, grande ville, commune

à morphologie fortement urbanisée, etc.) au niveau de la morphologie, de l’équipement, etc. Comparer au sein d’une catégorie comparable fournit un aperçu plus réaliste. (…). De surcroît, il est aussi difficile d’établir des comparaisons pour des communes du même type, spécifiquement lorsqu’il s’agit des 5 grandes villes (Anvers, Gand, Bruxelles-ville, Charleroi et Liège). Les limites communales n’y correspondent pas toujours aux véritables «limites de la ville» (le tissu urbain uni). L’entité administrative peut être plus petite que ce que la ville est en réalité, à l’inverse les limites communales peuvent être plus étendues que les «limites de la ville». Ainsi, les taux de criminalité basés exclusivement sur le nombre d’habitants peuvent être corrompus parce que le dénominateur (= le chiffre de la population) est parfois trop grand ou trop petit. »9

3 Mises à disposition sur le site www.stat.policefederale.be
4 Comme il faut toujours un certain temps entre le moment de commission du fait et son enregistrement en base de données, on interroge toujours la base de données sur des faits s’étant déroulés au moins un trimestre avant la date où on interroge la base de données. En l’occurrence, celle-ci a été interrogée le 20-10-2017 pour couvrir l’ensemble des faits commis jusqu’au 30-06-2017.
5 Statistiques policières de criminalité par trimestre, « note explicative », p.5, [en ligne] http://www.stat.policefederale.be/assets/ pdf/notes/note_explicative_2014_t4.pdf
6 Ibid.
7 Ibid.
8 Ibid.
9 Ibid. p.6

Les priorités des plans de sécurité policiers et du plan de prévention

Le plan national de sécurité (PNS) est le plan de politique stratégique de la police intégrée, son fil conducteur. Ce document, publié tous les quatre ans par les ministres de la Sécurité de l’Intérieur et de la Justice. Il reflète la contribution de la police intégrée à la politique de sécurité fixée par le gouvernement fédéral inscrite dans la Note-cadre de Sécurité intégrale

Le plan national de sécurité fixe dix phénomènes de sécurité auxquels les différents services de police ainsi que toutes instances concernées vont prêter une attention particulière pour la période 2016-2019 :

  1. La radicalisation, l’extrémisme violent et le terrorisme.
  2. Le trafic et la traite des êtres humains.
  3. Les drogues : la production professionnelle et commerciale de cannabis ; la production et le marché des drogues synthétiques ; l’import et l’export de cocaïne ; les hormones.
  4. La fraude sociale et fiscale.
  5. Le cybercrime et la cybersecurity.
  6. La criminalité violente, les atteintes à l’intégrité de la personne et la discrimination : violence intrafamiliale, violence sexuelle sur des majeurs, abus sexuels sur des mineurs et discrimination.
  7. La criminalité organisée contre la propriété et les trafics de bien illégaux : les groupes d’auteurs itinérants et le trafic illégal d’armes.
  8. L’environnement (lié à la fraude) : la fraude au déchet, la biodiversité, le bien-être animal, la fraude à l’énergie.
  9. La sécurité routière.
  10. L’amélioration de l’ordre public (incivilités, gestion négociée de l’espace public et transmigration illégale).

Le plan zonal de sécurité, quant à lui, est le plan de politique déterminé au niveau zonal, fruit de la concertation entre le Bourgmestre, le Procureur du Roi et le chef de corps de la police locale. Ce plan doit tenir compte des priorités fixées dans le PNS mais doit également tenir compte des attentes des citoyens / parties prenantes et des spécificités locales. Les priorités déterminées dans le plan zonal de sécurité 2014-2017 ont été reconduites pour la période 2018-2019. A l’avenir, la fixation des priorités se déroulera désormais sur les mêmes périodes tant au niveau national que local, facilitant ainsi la concertation des différents partenaires impliqués. Le plan zonal couvrant la période 2014-2019 retient comme phénomènes prioritaires :

  • Les nuisances liées aux stupéfiants (trafic, deal de rue)
  • Les nuisances sociales (domiciles fictifs, vols dans les véhicules, nuisances environnementales)
  • L’insécurité routière (délinquance routière et accidents avec lésions corporelles)
  • L’accroissement de la présence policière en rue

Ce baromètre a pour objet la comparaison des années 2015 et 2016. Cette période est donc couverte par deux plans nationaux ( PNS 2012-2015 et PNS 2016-2019).

Pour le volet prévention, des textes légaux déterminent une liste de phénomènes prioritaires sur lesquels l’Etat fédéral entend voir affectés les moyens attribués dans le cadre du PSSP conclu entre le SPF Intérieur et la Ville de Charleroi. La Ville détermine ses priorités parmi les phénomènes listés, et décline les actions qu’elle entend concrétiser à travers différents objectifs stratégiques et opérationnels. Le choix des phénomènes s’effectue sur base de différents paramètres tels que les dispositifs déjà existants, l’évaluation du plan précédent, le diagnostic local de sécurité, la note de politique générale de la Ville,… Dans le cadre du PSSP 2014-2017, la Ville a choisi de lutter contre les phénomènes suivants : incivilités sanctionnées administrativement, nuisances sociales, violence envers les enfants, délinquance sexuelle, violence entre partenaires, violence envers les personnes âgées, violence intrafamiliale, violence liée à l’honneur et mariages forcés, violence lors des évènements et manifestations publiques, cambriolage, vol avec violence, vol de et dans véhicules, vol à la tire, vol par ruse, radicalisation à portée violente, nuisances publiques liées à l’usage de drogue, cybercriminalité, sécurité routière.

Sur base de tous les éléments précités, nous avons choisi de développer premièrement la liste des infractions pénales. Ensuite, nous développerons quatres grandes figures criminelles dont les données disponibles montrent qu’elles se distinguent par une prégnance relativement élevée.

Suivant les priorités du CZS, nous avons également jugé nécessaire, dans une section à part entière, d’analyser la question des incivilités urbaines et des nuisances sociales.

Finalement, nous avons également désiré développer la thématique du roulage et de l’insécurité routière puisque celles-ci sont des priorités tant nationales que locales et ont été mises en exergue par les citoyens carolorégiens dans l’enquête locale de sécurité.

La situation à Charleroi en termes de criminalité

Infractions pénales

Un premier classement du type d’infractions et de leur importance relative peut être effectué sur base des infractions pénales. Pour rappel :

Des infractions pénales reprennent : les infractions au Code pénal (crimes, délits et contraventions) et les infractions aux Lois spéciales (par exemple la loi en matière de drogue de 1921).

Tableau I : Infractions judiciaires commises sur Charleroi, 2015 et 2016 (effectifs et %) 10

Ce tableau est mieux illustré dans le graphique ci-dessous, qui en reprend l’ensemble des catégories. Son principal intérêt est de rendre compte de l’importance relative des infractions. En effet, les vols et extorsions surclassent très nettement les autres infractions avec près de 40% des infractions et les 15 catégories les plus importantes représentent 92% de la criminalité enregistrée hors contraventions au règlement général de police.

Figure I : Infractions judiciaires commises sur Charleroi, 2016 (effectifs).

Néanmoins, cet aperçu manque de clarté par rapport au vécu quotidien, les vols et extorsions comportant aussi bien des hold-ups que des cambriolages dans habitations, des vols avec ou sans violence, contre des entreprises ou des particuliers…

Si les infractions pénales, par leur catégorisation, agrègent beaucoup de faits, les données répertoriées par «figures criminelles» permettent de préciser et d’affiner les circonstances relatives aux délits à l’intérieur des catégories «infractions pénales».

10 Rapports Statistiques de Criminalité téléchargeables sur le site de la police fédérale www.stat.policefederale.be/statistiquescriminalite/
rapports/, et plus précisément le rapport concernant la commune de Charleroi : www.stat.policefederale.be/assets/pdf/ crimestat/gemeente/fr/rapport_2017_trim2_com_Charleroi_fr.pdf

Figures criminelles et phénomènes

Un aspect plus proche du vécu quotidien est apporté par les figures criminelles et des phénomènes.
La différence ici est que les diverses catégories ne sont plus exclusives, un vol à main armée par exemple pouvant être un vol de voiture. Si une vue générale n’est plus vraiment possible, on peut par contre se concentrer sur certaines catégories de figures criminelles les plus importantes en termes de nombre de faits ou d’impact sur le sentiment de sécurité.

Les figures criminelles/phénomènes reprennent les faits qui ne sont pas repris tels quels dans le Code pénal mais qui sont catalogués sous cette dénomination dans la pratique policière quotidienne. Il s’agit de la combinaison d’un délit (p. ex. un vol) avec, entre autres, l’objet ou le moyen de transport sur lequel a lieu le vol (p. ex. vol de voiture), le lieu où le délit a été commis (p. ex. cambriolage dans une habitation) ou la manière dont le délit a été commis (p. ex. vol à main armée). La définition et la détermination de ces figures criminelles sont le fruit des travaux du Groupe de travail sur les statistiques policières.

Attaques contre les moyens de transport

Nous examinerons dans cette catégorie tous les vols de moyens de transport personnel selon le type de véhicule, les vols dans les véhicules (exemple : le vol d’objets ou de documents de bord dans l’habitacle suite à un bris de vitre), les vols sur les véhicules (le vol des plaques d’immatriculation ou d’accessoires) ainsi que les dégradations de voiture.

Tableau II : Attaque contre les moyens de transports en fonction des différents moyens de transports, Charleroi, 2015 – 2016 (effectifs)

Figure II : Attaque contre les moyens de transports en fonction des différents moyens de transports, Charleroi, 2016 (effectifs) 11

 

Sur le graphique, il apparaît que l’attaque la plus fréquente contre les véhicules est le vol dans ou sur véhicule. Il faut toutefois noter que ce phénomène a connu une diminution constante depuis 2007, année de son apogée avec 6241 faits. Un plan d’action spécifique a d’ailleurs été élaboré par la police locale dans le cadre de son plan zonal de sécurité. Il visait la diminution du nombre de vols dans véhicule et comportait un axe répressif et un axe préventif tout en veillant à tisser des partenariats avec les différents maillons de la chaîne de justice pénale (le parquet, la Direction de la Prévention et de la Sécurité et plus spécifiquement le service prévention des délits et les gardiens de la paix).

11 Rapports Statistiques de Criminalité téléchargeables sur le site de la police fédérale « rapport concernant la commune de Charleroi » : www.stat.fed.policefederale.be/assets/pdf/crimestat/gemeente/fr/rapport_2014_trim4_com_Charleroi_fr.pdf

Figure III : Vol dans ou sur un véhicule, nombre de faits enregistrés par 10.000 voitures, 2016, Belgique 12

12 Cartes interactives téléchargeables sur le site de la police fédérale www.police.be/fed/fr/statistiques, onglet cartes interactives

Figure IV : Vol de voiture, nombre de faits enregistrés par 10.000 voitures, 2016, Belgique

On y voit que même si les vols dans et sur véhicules sont la forme de vols la plus importante sur Charleroi, leur nombre par rapport au parc de voitures de Charleroi (314.64 faits pour 10.000 voitures) n’est pas le plus catastrophique. En effet pour 10000 voitures, Bruxelles (523,31) et Liège (489,11) comptabilisent plus de vols de ce type. Par contre, les vols de voiture sont encore fort présents par rapport au reste de la Belgique et par rapport au parc de voitures. 13

13 Ces cartes ont néanmoins un défaut dans la mesure où le nombre de véhicules auquel sont rapportés les nombres de vols sont les véhicules des habitants de Charleroi : les véhicules des non-résidents ne sont pas repris.

Actions préventives menées sur la problématique de l’attaque des moyens de transports

Les services de prévention de la Direction de la Prévention et de la Sécurité de la Ville de Charleroi mènent des actions dans le cadre du phénomène de vols dans et de voitures depuis 2008, après avoir constaté que cette problématique pouvait créer un fort sentiment d’insécurité au sein de la population mais aussi chez les visiteurs qui limitaient leurs activités dans la commune.

Les mesures préventives mises en œuvre peuvent être classées selon deux grands axes :

  • Axe partenariat : Les Gardiens de la Paix et le Service Prévention des Délits mènent leurs actions en concertation avec les autorités policières et judiciaires. Les statistiques de la police locale permettent une analyse spatio-temporelle des faits et donc de mieux cibler les endroits à risque.
  • Axe sensibilisation : Le Service Prévention des Délits a recours à divers supports de prévention pour responsabiliser et améliorer l’information des automobilistes. Ces supports prennent la forme d’articles de presse, de stands d’information, affiches, brochures, stickers, bâches et divers gadgets permettant la diffusion d’un message de prévention). Le service des Gardiens de la Paix aide à la diffusion de ces supports

Les Gardiens de la Paix assurent également une présence dissuasive, essentiellement dans le centre-ville. Que ce soit pendant leurs patrouilles quotidiennes ou lors des principaux événements organisés sur l’entité, une attention particulière est portée sur les parkings publics.

Tableau III : Actions menées par les services de la DPS, Charleroi, 2015-2016

Drogues

Si le plan national de sécurité reprend essentiellement des facettes de trafic de drogues à grande échelle (avec peu de faits enregistrés), les qualifications du code pénal recensent plus de faits, sachant que, dans les statistiques officielles, seul le fait le plus grave sera compté quand un PV comporte plusieurs faits de stupéfiants. Ainsi, par exemple, une détention accompagnée d’un commerce de stupéfiants sera comptée uniquement comme commerce (l’infraction la plus grave prévalant).Le tableau suivant reprend les chiffres de 2015 et 2016 pour Charleroi.

Tableau IV : Faits de drogue : Drogues, Charleroi, 2015-2016

Si l’ensemble des faits relevant des stupéfiants ne représente que 2 à 3% de la criminalité enregistrée, il est bon de rappeler ici la distinction entre criminalité quérable et criminalité rapportée. En matière de stupéfiants, très peu de procès-verbaux auront pour origine une plainte ou une déclaration (ce qui relèverait de criminalité rapportée) mais bien souvent les P-V ont pour origine une constatation de la police. En d’autres termes, plus on travaille dans le domaine, plus le chiffre augmente (caractéristique de la criminalité quérable). De manière générale, et sans que cela n’apparaisse particulièrement dans les données chiffrées, on peut considérer qu’un (très) grand nombre de délits sont liés aux stupéfiants, que les délits soient commis dans le but de se fournir en stupéfiants, qu’ils soient liés plus directement au système d’approvisionnement en stupéfiants, ou que ce soit au contraire les stupéfiants qui facilitent le passage à l’acte pour l’exécution du délit. Si les rixes alcoolisées sont monnaie courante, la prise d’autres substances aide pour réaliser un vol à main armée ou autre acte violent.

Les actions menées (préventives et répressives) dans le cadre de la
problématique «drogues»  14

Concernant les services de prévention de la Ville, la gestion des nuisances publiques liées à l’usage de drogues demeure prioritaire. La lutte contre le trafic de stupéfiants reste d’ailleurs une priorité du Plan Zonal de Sécurité.

Si le Plan Zonal de Sécurité (2014-2019) s’attache à cibler les infractions et la criminalité liées aux stupéfiants (agir sur l’offre de stupéfiants), la perspective envisagée par la Direction de la Prévention et de la Sécurité est complémentaire et propose d’agir sur les facteurs liés à la demande. Les actions de ce département visent donc à identifier et à travailler sur les facteurs qui, en participant à la dégradation des conditions de vie des usagers de drogues, engendrent des conséquences négatives sur la qualité de vie de la population dans son ensemble. En ce sens, les actions préventives tendent à répondre aux nuisances générées par l’usage de drogues dans l’espace public.

Dans cette perspective, le Service Prévention Assuétudes du CPAS, sous la supervision de la Direction de la Prévention et de la Sécurité, cible différentes populations confrontées à l’usage de drogues

  • d’une part, les usagers de drogues les plus marginaux, dont les conditions économiques, sociales et sanitaires demeurent extrêmement précaires
  • d’autre part, les usagers de drogues plus jeunes qui subissent un décrochage scolaire précoce et qui fréquentent notamment les milieux festifs.
  • Enfin, l’entourage et les proches des deux catégories précédentes.

Les travailleurs privilégient des actions polyvalentes mais complémentaires : l’outreach, la réduction des risques, la prévention par les pairs, le soutien psychologique, l’activation, l’information, la recherche et la formation.

Tableau V : Exemple d’actions menées par le SPA (CPAS), Charleroi, 2015-2016

Violence dans l’espace public

Les différents cas de violence dans l’espace public sont repris comme phénomène dans les statistiques officielles et faisaient l’objet, en tout cas dans certaines de leurs facettes, d’une priorité dans le PNS 2012-2015 . La notion d’ « espace public » n’est plus reprise en tant que telle dans le nouveau plan national mais bien la criminalité violente, l’atteinte à l’intégrité personnelle et la discrimination. Les statistiques distinguent différents endroits dans «l’espace public» : les transports publics, la voie publique, les endroits accessibles au public et les «autres» endroits publics (4 catégories) et elles distinguent les faits de violence en violence physique, psychique ou sexuelle, de même qu’elles comprennent les vols à main armée et les vols avec violence sans armes (soit 5 catégories de faits). L’ensemble donne 20 catégories possibles.

Tableau VI: Violence dans l’espace public, Charleroi, 2015-2016

Figure V : Violence dans l’espace public, Charleroi, 2015-2016

Du graphique ci-dessus, il ressort clairement que les formes principales de violence dans l’espace public concernent les violences physiques (et psychiques) sur la voie publique suivis des vols avec violence sans arme sur cette même voie publique. En quatrième place, nous trouvons les violences psychiques dans les endroits accessibles au public.

On peut relativiser quand même quelque peu cet aperçu: Charleroi comptait 2874 infractions contre l’intégrité physique en 2016, dont on peut dire qu’un tiers ont eu lieu sur la voie publique. En combinant avec les autres endroits publics, on atteint la moitié des violences enregistrées dans l’espace public.

Les actions menées (curatives et préventives) dans le cadre de la violence
dans l’espace public

Les services de prévention de la Ville, au sein de la Direction de la Prévention et de la Sécurité, visent à diminuer les effets négatifs liés à la victimisation 14 lors de vol avec violence au travers de la Cellule d’aide aux victimes (CAV). Cette cellule, composée d’une équipe pluridisciplinaire spécialisée, propose aux victimes un accueil et une écoute ainsi qu’une aide et un accompagnement sur le plan juridique, psychologique et social. Le CAV agit dans le cadre de vol avec violence, d’extorsion, de car-jacking, de home-jacking, de vol à mains armées et de hold-up. Une prise en charge urgente des victimes peut être effectuée dans ce type de situation à la demande de celles-ci.

Les actions menées préventivement par chaque service composant la Direction de la Prévention et de la Sécurité a pour objectif de diminuer la violence dans l’espace public. Il s’agit entre autre de la présence dissuasive des gardiens de la paix dans les rues, des actions de sensibilisation menées par les agents de techno-prévention, ou encore la visibilité des éducateurs dans les quartiers difficiles visant à maintenir le contact avec les jeunes.15

Cambriolages dans habitations

Les cambriolages dans habitations s’inscrivent dans les cambriolages dans bâtiments, catégorie qui comprend aussi les cambriolages dans services publics ou bâtiments administratifs et les cambriolages dans entreprises ou commerces. On parle de cambriolage dans habitation au sens strict si on ne considère que le corps de logement sans ses dépendances (garage, cave, remise…), sinon on parle de sens élargi.

Tableau VI : Cambriolages, Charleroi, 2015-2016

14 Le crime touche tout le monde d’une façon différente. La victimisation cause souvent un traumatisme. En général, la victimisation touche les gens sur les plans affectif, physique, financier, psychologique et social.
15 Il existe également de nombreuses collaborations avec des partenaires extérieurs dans le cadre de convention spécifique pour des actions ciblées de prévention.

Figure VI : Cambriolages, Charleroi, 2015-2016

Le graphique montre que les cambriolages dans habitation au sens strict représentent 80% des cambriolages dans bâtiments. On ne parle plus à présent des cambriolages dans habitations au sens large et donc seuls les corps de bâtiments sont inclus dans la définition, sans les dépendances. Sachant que 2016 comptait 12.079 vols et extorsions, on peut estimer la part des cambriolages dans habitation au sens strict à 21% de l’ensemble des vols et extorsions (ceux-ci comprenant également les vols simples, sans effraction, escalade ou fausse clé). En 2015, ce pourcentage s’élevait à 23%. En région wallonne en 2016, ce pourcentage est de 22%.

Figure VII : Cartographie des cambriolages dans habitation (strict) : Nombre de faits enregistrés par 10.000 logements, 2016, Belgique

Comme le mentionnaient les remarques sur l’interprétation des données, on peut relativiser les cambriolages dans habitation par rapport au nombre de logements. En prenant une échelle colorimétrique à 7 intervalles égaux, on obtient la carte ci-dessous. Si la situation de Charleroi n’est pas brillante, d’autres communes ont des résultats plus négatifs. Il faut faire très attention à ce type de carte dans la mesure où le choix du nombre de catégories et du type d’intervalle dans l’échelle colorimétrique peut donner une impression assez contrastée. Ainsi, en prenant moins d’intervalles, Charleroi apparaîtrait comme l’une des pires communes de Belgique.

Actions menées (préventives et répressives) en matière de cambriolages

Le phénomène des cambriolages n’est pas retenu comme priorité dans le plan zonal 2014-2017 mais il constitue un point d’attention. L’évolution du phénomène ainsi que les lieux sont monitorés et cartographiés par la police locale. Une quarantaine de policiers « locaux » sont reconnus comme techno-préventionnistes par le SPF Intérieur et prodiguent donc des conseils de prévention auprès des victimes mais également lors d’événements (salons, foires).

Une collaboration s’est également instaurée entre la police locale et le Service de Prévention des Délits afin d’orienter au mieux l’action préventive. Ce service est chargé de mettre notamment en œuvre des mesures de prévention situationnelle, partant du constat que certains faits sont liés à une série de «négligences» comportementales et organisationnelles de la part des victimes, mais surtout à de trop faibles niveaux de protection des habitations.

Les mesures peuvent être classées selon 3 axes :

  • Prévention situationnelle, en agissant sur l’environnement criminogène : des techno-préventionnistes formés réalisent des audits de sécurité dans les bâtiments (logements privés et bâtiments publics) ; ils mettent en œuvre un règlement de prime communale liée à la sécurisation des logements privés ;
  • Sensibilisation des citoyens sur le phénomène de cambriolage pour diminuer les risques de victimisation: les techno-préventionnistes assurent la sensibilisation des citoyens (propriétaires ou locataires) par le biais de stands d’information lors de grands événements avec démonstration de matériel didactique, par le biais de brochures, articles de presse, montages audiovisuels,… ; ils relaient également des campagnes nationales de prévention, telles que « 1 jour sans » ,…
  • Partenariat : les techno-préventionnistes collaborent notamment avec la police locale et la Cellule d’Aide aux Victimes dans le cadre de la prévention secondaire, en sensibilisant systématiquement les victimes de cambriolage pour éviter qu’elles soient victimes une seconde fois ;

Les Gardiens de la Paix contribuent également à la lutte contre le cambriolage par une présence dissuasive au sein de certains bâtiments communaux.

Tableau VIII : Exemple d’actions menées par les services de la DPS Années 2015-2016

L’enquête locale de sécurité

La première enquête locale de sécurité 16 a été réalisée en octobre 2011 dans le cadre de la préparation du plan zonal de sécurité de la police locale. Cette enquête est venue pallier l’absence de Moniteur de sécurité (cfr intro).

Dans le cadre de la préparation du plan zonal 2020, l’enquête locale de sécurité 2018 est actuellement en cours de réalisation. Les résultats seront donc pris en compte lors de la fixation des priorités 2020 et seront publiés lors de l’actualisation suivante de ce baromètre.

Les résultats de ce sondage viennent compléter l’image objective de la criminalité et peuvent d’ailleurs sensiblement varier de l’ampleur des problèmes constatés en termes absolus par la police.

Un questionnaire a été envoyé par la poste à un échantillon représentatif de 1.600 personnes . 559 enquêtes ont été renvoyées complétées, soit un taux de participation de 35 %.

« Les trois phénomènes vécus de manière significative par les personnes interrogées comme étant problématiques dans leur quartier sont les suivants :

  • Vitesse non adaptée au trafic.
  • Conduite agressive dans la circulation (les salariés considèrent d’avantage qu’il s’agit d’un problème dans leur quartier).
  • Dépôts clandestins de détritus traînant dans la rue. » 17

Figure VIII : Problèmes de quartier, enquête locale de sécurité, Charleroi, 2011

Ces priorités, telles qu’elles sont posées par les citoyens, varient sensiblement du degré d’importance des chiffres compilés par les instances policières.

Près de 40 % des répondants se sentent parfois en insécurité. Ils sont un sur quatre à se sentir rarement en insécurité. Quand on pousse un peu plus loin l’analyse, on s’aperçoit que les personnes résidant à Charleroi et Marchienne-au-Pont se sentent, de manière significative, plus souvent en insécurité dans leur quartier que les habitants de Marcinelle, Mont-sur-Marchienne et Dampremy. Par contre, on ne remarque pas de différence significative du sentiment d’insécurité selon les différentes caractéristiques personnelles.

Lorsque les répondants se déclarent en insécurité, c’est essentiellement suite au manque de policiers dans les rues, à la présence d’attroupements en rue et à la saleté des rues ou des espaces publics.

En matière de comportements d’évitement, on constate, par ordre décroissant, que :

  • 62,5 % des répondants empêchent, toujours ou souvent, les enfants de quitter la maison;
  • 58,6 % des répondants évitent d’ouvrir à des inconnus (surtout les femmes);
  • 41 % évitent certains lieux de la commune (davantage les femmes);
  • 39,5 % évitent de partir quand il fait noir (surtout les femmes et les personnes diplômées de l’enseignement secondaire inférieur ou moindre);
  • 21,6 % évitent de prendre les transports en commun (les personnes âgées de 35 à 49 ans évitent davantage les transports en commun que les 65 ans et plus. De même, les indépendants évitent davantage que les pensionnés et les personnes sans emploi).

Qu’en est-il au niveau de la victimisation et des dépôts de plainte ? Parmi les faits commis dans les douze derniers mois, les dégâts occasionnés aux voitures et les menaces sont les faits qui proportionnellement se commettent le plus. Or ces faits ne se retrouvent pas en tête de classement des faits déclarés à la police. Viennent ensuite les cambriolages accomplis, les vols dans véhicule et les tentatives de cambriolage. Les répondants déposent le plus souvent plainte auprès des services de police pour des faits de vols. Ceci peut s’expliquer par l’obligation de déclaration pour des raisons d’assurance.

16 Habitants de l’entité de Charleroi de 15 ans et plus

17 Les différentes enquêtes locales menées par les zones de police sont publiées sur www.lokalepolitie.be/lvb/fr/rapp-zp-com.html dont celle de la police locale de Charleroi.

Incivilités urbaines, nuisances sociales

Il est nécessaire de rappeler que les nuisances sociales peuvent être définies comme un « ensemble de nuisances (…) extraordinairement variées qui ne blessent pas physiquement les personnes, mais bousculent les règles élémentaires de la vie sociale qui permettent la confiance » 18. Leurs formes sont multiples : nuisances sonores, dépôts sauvages, actes de vandalisme, dégradations de biens publics, conflits de voisinage, intimidations, tapage diurne et nocturne, attroupements d’individus potentiellement menaçants, bruit dans les immeubles d’habitation, insultes dans la vie quotidienne, manque de respect envers les personnes, etc. Elles négligent l’intérêt général et le bien-vivre en société. Elles génèrent une « accumulation des irritations dans le quartier et l’apparition d’un climat de reproches qui nuit à la cohésion sociale»19.

Les données de criminalité ne reflètent pas précisément les nuisances vécues par le citoyen. En effet, celles-ci se basant sur les procès-verbaux (infractions au code pénal et aux lois spéciales), elles doivent donc absolument être complétées de données concernant les sanctions administratives communales et autres constatations couvrant ce qu’on appelle généralement les nuisances.

En matière de criminalité, on trouve les données suivantes :

Tableau VIII: Nuisances, Charleroi, 2015-2016

Ces données de criminalité ne dépeignent que partiellement, la situation en termes de nuisances et d’incivilités. Grâce à l’enquête locale de sécurité, nous apprenons que les carolorégiens retiennent la problématique des dépôts clandestins et détritus traînant dans la rue dans le trio de tête des problèmes de quartier.

Le PZS 2009-2012 et le PZS actuel (2014-2017) ont évidemment tenu compte des attentes de la population en retenant un objectif lié à la lutte contre les nuisances sociales. Deux volets ont été développés. Le premier concerne le phénomène des marchands de sommeil et des domiciliations fictives (boîtes aux lettres fictives et fraude sociale). Le second a trait aux nuisances environnementales (insalubrité publique et nuisances sonores). Outre la mise en place de collaborations/protocoles avec les différents partenaires intervenant dans ces matières, 20 des opérations multidisciplinaires ont eu lieu (opérations «Ville propre» par exemple). En ce qui concerne les nuisances sonores, des contrôles sonométriques ont été réalisés, l’issue pouvant donner lieu à une fermeture provisoire de l’établissement (d’une durée de 3 mois maximum) ou à l’imposition d’une fermeture à une heure précise.

18 La société incivile, Sebastian Roché, Paris, Le Seuil, 1996
19 Bonnes pratiques de sécurité locale, Lettre aux Bourgmestres, SPF Intérieur, n°6, décembre 2005
20 Service urbanisme et service logement, Service Régional d’Incendie pour les domiciles fictifs et la division propreté de la Ville de Charleroi pour le volet « environnement ».

Sanctions administratives communales

Les Villes et communes étant régulièrement confrontées à des incivilités ou à des comportements pouvant troubler la sécurité et l’ordre public, le législateur fédéral a introduit, fin des années ‘90, l’article 119 bis à la Nouvelle Loi Communale. Cet article permet dorénavant aux Villes et communes de sanctionner des infractions prévues dans leur Règlement Général de Police (RGP) par des amendes administratives pouvant s’élever de 1 à 250 Euros maximum.

Le fonctionnaire sanctionnateur de la Ville de Charleroi désigné centralise les procès-verbaux « SAC » rédigés par la police locale ainsi que les Comptes rendus administratifs (CRA) rédigés par les agents communaux constatateurs de la Ville (7 agents au Service de SOS propreté).

Tableau X : SAC et CRA, effectifs et montants, Charleroi, 2015-2016

Les constats les plus souvent réalisés ont trait à la salubrité publique (53% des dossiers en 2016 : dépôts de déchets ou d’objets sur la voie publique, dans un immeuble bâti ou non bâti – combustion à moins de 100 mètres des habitations ou forêts) et, dans une moindre mesure, à l’utilisation privative de la voie publique (18% des dossiers en 2016).

Ces constats chiffrés confirment le problème tel qu’il est perçu subjectivement par les habitants carolo.

Les difficultés rencontrées pour imposer l’amende sont l’absence de flagrant délit permettant d’identifier l’auteur de certaines infractions (dépôts clandestins d’immondices) ainsi que des problèmes de forme des constats (mauvaise qualification ne permettant pas d’imposer une amende, fonctionnaire sanctionnateur pas compétent).

Actions préventives menées en matière de nuisances sociales et incivilités urbaines.

Le problème des nuisances sociales, des incivilités, est perçu comme un défi à l’ordre public. Il ne réside pas tant dans les actes commis, à proprement parler, mais dans les conséquences qu’ils engendrent. La prévention tente donc à la fois de s’attaquer aux causes profondes, sociales et économiques de ces problèmes mais aussi à leurs conséquences visibles : dégradation des conditions de vie, dégradation des liens sociaux, émergence de la violence sous toutes ses formes, repli et isolement, perte de repères et errance des jeunes.

Les services de prévention de la Direction de la Prévention et de la Sécurité prennent en charge ce phénomène afin d’en limiter les effets négatifs.

Outre leur présence dissuasive dans l’espace public, les Gardiens de la Paix ont notamment pour mission de relayer vers les services compétents toute nuisance ‘environnementale’ (problème de propreté, de voirie,…) constatée dans l’espace public.

La cellule ‘Jeunes Jugés Dérangeants’ s’intéresse plus spécifiquement depuis 2014 aux nuisances causées par les jeunes. L’expérience acquise dans le cadre de leurs démarches de proximité et participation citoyenne, auprès des habitants de la Ville de Charleroi, les a amenés à constater que des jeunes de quartier, en rupture avec les réseaux classiques de socialisation, sont les auteurs les plus visibles d’un certain nombre de nuisances sociales. C’est la raison pour laquelle, le processus de médiation relationnelle est utilisé par les éducateurs de cette équipe. Cette médiation vise à favoriser le lien social entre les publics cibles et les habitants. La mise en place d’une relation de confiance entre les travailleurs de ce service et les citoyens permet l’accompagnement de jeunes, par exemple, dans des démarches d’intégration sociale.

Les services de prévention poursuivent d’autres projets spécifiques de lutte contre les nuisances, notamment celles visant plus particulièrement le personnel médical et para-médical.

Roulage

Sous ce chapitre « roulage », nous aborderons à la fois la thématique des accidents de roulage avec lésions corporelles ainsi que les infractions de roulage constatées sur le territoire de Charleroi. Comme nous avons pu le constater dans l’enquête locale de sécurité, la problématique du roulage est importante aux yeux des citoyens lorsqu’on aborde la thématique de la sécurité.

Accidents

La politique en matière de sécurité routière en Belgique découle d’orientations faites à l’échelon européen. Ces orientations sont traduites par les différents niveaux de pouvoir (fédéral – local) en objectifs à atteindre. C’est ainsi qu’en 2011, les états généraux de sécurité routière s’étaient fixés pour objectif de réduire de moitié le nombre de tués sur les routes belges à l’horizon 2020 (sur base des chiffres de l’année 2010).

Figure IX : Décès 30 jours, effectifs depuis 2005 et prévisions 2020, Charleroi

Le graphique suivant montre l’évolution du nombre de personnes décédées dans les 30 jours suivant l’accident de 2008 à 2014 tout en plaçant l’objectif retenu par les états généraux. Une prévision est également faite pour les années futures (objectif pour 2020).

La police locale de Charleroi a transposé les objectifs des états généraux de la sécurité routière sur son territoire. En 2010, 13 tués (30 jours) avaient été dénombrés sur l’entité de Charleroi. Cela signifie qu’il faudrait diminuer de moitié ce nombre pour 2020.

Tableau XI : Nombre de victimes d’accidents de la route et nombre d’accidents avec lésions corporelles sur le territoire de la commune de Charleroi pour 2015 et 2016

Malheureusement, lorsque l’on examine le nombre de tués sur les routes carolorégiennes, on ne peut que constater que l’année 2014 est une très mauvaise année avec 13 personnes décédées. La situation s’améliore en 2015 et 2016 avec 10 tués en 2015 et 11 en 2016, sans toutefois réitérer le «record» de 2013 avec 6 tués.

Les zones à risque telles que déterminées par la Wallonie pour Charleroi sont pour 2010-2014 :

  • N5 Route de Philippeville, au niveau du rond-point de Couillet
  • N90 Rue de Mons à Marchienne-au-Pont
  • Grand’Rue à Charleroi et son prolongement chaussée de Charleroi à Gilly
  • N569 Rue de Gilly à Gilly
  • Avenue Eugène Mascaux à Marcinelle
  • A54 à hauteur de Gosselies

Figure X : Carte de zone à risques sur Charleroi,

Par ailleurs, les accidents de la route constatés par la police locale sont également cartographiés. Ceci permet d’avoir une analyse plus précise des endroits problématiques en fonction du type d’accident et d’orienter au mieux les contrôles

Infractions routières

Sur les 105.759 véhicules recensés en 2016, le nombre d’infractions totales s’élevait à 68.366. Le rapport entre ces données nous permet d’évaluer le nombre d’infractions routières par véhicule qui s’élève donc à 0,65 (infraction par véhicule du parc en 2016)

Tableau XI: Infractions routières, Charleroi, 2015-2016

Figure XI : Types d’infractions routières, Charleroi, 2016

La vitesse non adaptée au trafic est considérée par la population carolo interrogée à l’occasion de l’enquête locale de sécurité comme le premier des problèmes touchant leur quartier.

C’est aussi l’infraction la plus souvent constatée parmi les infractions routières à Charleroi.

Conclusion

Les challenges que nous avons désiré relever dans ce chapitre étaient multiples. Premièrement, nous avons voulu parler de sécurité au sens large, englobant des thématiques aussi diverses que la criminalité, le roulage et les nuisances sociales. De plus, nous avons tenté de mettre en relief les plus importantes thématiques liées à la criminalité. Afin d’atteindre cet objectif, nous avons croisé les différentes priorités en matière de sécurité, à la fois en fonction de leur niveau géographique mais également en tenant compte des missions et stratégies respectives des différents acteurs touchant à cette problématique (répression, prévention,…). Finalement, au-delà des apports quantitatifs et éclairants que nous donnent les données chiffrées, nous avons également mobilisé les données qualitatives disponibles qui permettaient d’étayer le point de vue complémentaire plus subjectif lié au sentiment de sécurité.

Dans un premier temps, l’étude des infractions pénales démontrait que les vols et extorsions représentent presque 40% du total des infractions à Charleroi. Dans un second temps, en approfondissant l’étude des figures criminelles, ces dernières nous ont amené à nous pencher sur quatre autres thématiques. Chacune de ces thématiques relève d’une priorité d’un ou plusieurs plan(s) de sécurité/prévention (zonal, national).

Premièrement, en s’attachant à une vision plus détaillée des vols et extorsions au travers de l’analyse de ces figures criminelles, nous avons analysé les vols de, dans ou sur véhicules qui représentent un effectif élevé parmi la catégorie pénale des vols. L’analyse cartographique comparative nous a montré que Charleroi recense un grand nombre de vols de voiture par rapport à la moyenne belge.

Deuxièmement, le phénomène drogue, présent également dans le top 10 des infractions pénales est également une priorité du plan Zonal de Sécurité. Il donne lieu à des actions particulières en termes de lutte contre le trafic mais ces actions ont également pour objectif de mieux prendre en compte les nuisances publiques qui découlent de la consommation de stupéfiants.

Ensuite, nous nous sommes attachés à l’examen des violences dans l’espace public (qui se déclinent sous de nombreuses formes et certaines d’entre elles sont des priorités du plan National de sécurité). Nous avons montré que la moitié des violences enregistrées ont lieu dans l’espace public et un tiers sur la voie publique.

Finalement, les cartographies montrent que le nombre de cambriolages sont d’une importance non négligeable à Charleroi. Si la commune ne se positionne pas tout en bas de l’échelle dans la comparaison d’autres communes belges, la thématique du cambriolage est en outre également recensée dans le top 5 de l’enquête locale de sécurité. Une collaboration entre la police et le service prévention des délits est organisée afin de gérer au mieux les actions préventives.

Cette enquête locale de sécurité à laquelle nous faisons référence, interroge un échantillon de 1600 individus. Les conclusions tirées de l’enquête montre que l’insécurité, telle qu’elle est ressentie par les habitants carolos touche principalement à deux domaines : le roulage (via la vitesse non adaptée, et la conduite agressive) et les nuisances urbaines (dépôts clandestins). Les données chiffrées sur ces deux thématiques sont le reflet de la perception subjective de la population interrogée dans l’enquête locale. Au sujet de la question du roulage, la vitesse est en effet, l’infraction la plus constatée parmi les infractions routières à Charleroi (plus de 50% des infractions totales). Pour la problématique des nuisances sociales, les sanctions administratives prises contre les dépôts clandestins reflète un phénomène problématique important qui est également pointé du doigt par les citoyens.

Nous n’avons abordé qu’une petite partie de la thématique censée refléter certains phénomènes plus proéminents sur l’entité Carolorégienne et donc faisant parties des priorités des plans stratégiques de sécurité. Par l’étude de deux visions complémentaires (quantitative/qualitative) nous avons pu déduire que le sentiment subjectif de la population ou le ressenti de l’insécurité peut varier sensiblement des faits tels qu’ils sont enregistrés/comptabilisés effectivement par les instances policières. A l’inverse, ils peuvent parfois également refléter la réalité de problématiques existantes et persistantes sur lesquelles les institutions doivent continuer à agir. Il est donc crucial que les services de police (locale et fédérale) et le service de prévention, par leurs recherches, leur actions et dans l’établissement de leurs priorités, prennent en compte ces différentes visions. Finalement, le travail réalisé doit également viser à la complémentarité entre la répression et les actions et campagnes de prévention, impliquant un dialogue entre instances policières et services préventifs.