Pauvreté et action sociale

Dans le cadre de ce chapitre, l’attention sera focalisée sur les actions et publics de trois institutions carolorégiennes :
Le CPAS de Charleroi à travers son Observatoire local de la cohésion sociale et son Service Prévention Assuétudes (SPA), le Relais social de Charleroi et le Centre Régional d’Intégration de Charleroi (CRIC). Ces acteurs du social ont pour point commun de traiter de problématiques liées à des publics précarisés ou nécessitant un soutien spécifique.
Dans un premier temps, nous avons désiré expliciter les missions et objectifs de chacune des institutions afin de mieux comprendre leur rôle respectif.
Dans un second temps, nous nous sommes attachés à la description des publics de manière globale. Enfin, nous avons étayé une analyse plus minutieuse de ces publics impliquant diverses variables (genre, âge, statut
familial, nationalité).
Autant que faire se peut, nous avons tenté de relier l’information, de faire des ponts entre les différents acteurs, de croiser les données afin de tenter de mieux comprendre les enjeux et déterminants à la fois de la pauvreté mais également de l’action sociale.

Partenaires impliqués et réseaux d’acteurs

Centre Public d’Action Sociale de Charleroi 1 (observatoire local de la cohésion sociale & service prévention et assuétudes)

Les Centres publics d’action sociale mènent diverses actions. Leur mission la plus connue est celle d’accorder  une aide matérielle sous la forme la plus adaptée : revenu d’intégration sociale, aide financière, avances sur prestations sociales, aide en nature (bon de nourriture, chambre d’hôtel,…). Cependant, le droit à l’aide  sociale étant un droit résiduaire, le demandeur doit avoir fait valoir ses autres droits au préalable (y compris  des droits qu’il pourrait avoir en application d’une législation étrangère).

Le CPAS prend toutes les initiatives nécessaires en vue d’informer le public sur les différentes formes d’aide  qu’il octroie et d’assurer une guidance psychosociale, morale ou éducative : tout en respectant son libre
choix, c’est guider la personne pour lui permettre de vaincre elle-même progressivement ses difficultés.

Depuis la loi du 26 mai 2002 instaurant le droit à l’intégration sociale, les CPAS ont pour mission légale  de contribuer à l’insertion socioprofessionnelle de ses demandeurs. Le droit à l’intégration sociale peut en  effet prendre la forme d’un emploi et/ou d’un revenu d’intégration. Les CPAS doivent inciter et aider les  demandeurs (plus particulièrement ceux âgés de moins de 25 ans) à retrouver un emploi.

Enfin, les Centres exercent également une tutelle sur certains mineurs d’âge : le CPAS exerce la tutelle ou, à  tout le moins, assure la garde, l’entretien et l’éducation des enfants mineurs d’âge lorsqu’ils lui sont confiés par la justice, les parents ou les organismes publics.

1 http://www.cpascharleroi.be/

Service Observatoire local de la cohésion sociale du CPAS de Charleroi

Dans le cadre du Plan de cohésion sociale (PCS) de la Ville de Charleroi, un Observatoire local de cohésion  sociale (OLCS) a été créé en décembre 2009. Il est composé d’une équipe de 3 personnes.
La mission principale de l’Observatoire est la collecte, l’analyse, l’échange et la diffusion des données statistiques pertinentes destinées à appuyer les différents acteurs (professionnels du champ social, partenaires du PCS,
acteurs publics, etc.) dans leur tâche de gestion. Il se veut aussi être un lieu de réflexion et de consultation pour l’ensemble de tous les acteurs de terrain impliqués dans les problématiques en lien avec la pauvreté et
l’exclusion sociale à Charleroi.
Le public cible de l’Observatoire s’étend dans un premier temps au public du CPAS à savoir les bénéficiaires d’aides sociales diverses telles que le revenu d’intégration ou l’aide financière équivalente (cf. Infra pour les définitions). Mais les travaux conduits par l’Observatoire ont également pour mission d’alimenter les actions et les politiques sociales. Le but étant d’impulser des projets innovants en matière d’insertion sociale, de développer des outils de lutte contre la pauvreté, et de favoriser la cohésion sociale sur le territoire de Charleroi.

Service Prévention Assuétudes du CPAS de Charleroi

La mission principale du Service Prévention Assuétudes (S.P.A.), Département Prévention et Santé Mentale du CPAS de Charleroi, consiste à compléter et à renforcer le réseau d’aide sanitaire et psychosociale destiné aux usagers de drogues et à leurs proches, en accordant une attention particulière aux risques que ces consommations impliquent sur la santé et aux nuisances publiques qu’elles engendrent sur la vie urbaine.
Les services du S.P.A. ciblent différentes populations confrontées à l’usage de drogues, en privilégiant la réduction des risques, l’outreach (aller vers les bénéficiaires du service), la prévention par les pairs, le soutien psychologique, l’activation, la recherche et la formation.
Le SPA se compose de 3 équipes :
Le Carolo Rue est un service de première ligne confronté directement à la grande précarité. Il cible tous les publics qui ont investi la rue comme lieu de vie. Le Carolo Rue est également impliqué dans le dispositif d’échange de seringues. Il organise l’Accueil de Soirée en période hivernale. Ce service met sur pied des projets participatifs incluant les usagers sur le terrain. Il leur offre alors un statut de jobiste ainsi qu’une formation permettant de développer des premières démarches de réinsertion sociale 2. Deux animateurs
socioculturels organisent en outre des ateliers (ludiques, artistiques, …) visant à l’activation de ce public.
Le Carolo Contact Drogues est un service ressource en matière d’assuétudes et s’adresse à tout citoyen concerné directement ou indirectement par les drogues et leurs usages (grand public, professionnels,
consommateurs ou non-consommateurs). Il apporte un soutien psychologique à toute personne confrontée à la question des usages de drogues. Il intervient dans un souci de prévention : en proposant des séances
d’information, des animations, des formations d’adultes, etc. 3

Centre régional d’intégration de Charleroi 4

Le Centre Régional d’Intégration de Charleroi ASBL (CRIC)5 contribue au travers de ses missions, à la promotion de toute initiative encourageant l’intégration des personnes étrangères ou d’origine étrangère. Il a pour
finalité la suppression de toute forme de discrimination à l’égard des populations étrangères ou issues de l’immigration et le soutien de l’égalité des chances pour tous.
Dans le cadre de ses actions de deuxième ligne, le CRIC assure : le soutien aux organismes publics et aux associations dans leurs actions au profit de son public-cible ; la diffusion auprès des acteurs sociaux d’outils au service du renforcement de leurs compétences ; l’organisation de rencontres, d’échanges, d’actions concertées, de partenariats favorisant les synergies au sein de notre réseau ; la mise sur pied d’initiatives favorisant l’insertion sociale et professionnelle de nos publics; la création du dispositif d’accueil pour primoarrivants.
Pour remplir au mieux les missions décrétales qui lui sont confiées, le CRIC dispose d’une équipe de professionnels spécialisés dans l’assistance aux initiatives locales, la formation, l’insertion socioprofessionnelle, les échanges interculturels, la communication et les matières sociojuridiques spécifiques aux personnes étrangères ou d’origine étrangère.
Qu’il s’agisse d’une aide à la création ou à l’évaluation de projets, d’une assistance logistique, d’une formation à destination des intervenants sociaux, d’une recherche de partenaires ou de moyens, ou plus simplement de la promotion d’une action, le CRIC propose aux acteurs de terrain une expertise et un réseau pour renforcer leurs initiatives et mutualiser les compétences sur le terrain.

2 Les projets participatifs sont Boule de Neige, les ramassages de seringues par les usagers, etc.
3 Pour de plus amples informations, le Carolo Contact Drogues dispose d’une bibliothèque autour de la thématique des assuétudes
4 http://www.cricharleroi.be/
5 Créé en 1997 dans le cadre du décret du 04.07.1996 modifié par celui du 26.03.2014 de la Région wallonne relatif à l’intégration
des personnes étrangères ou d’origine étrangère.

Le parcours d’intégration des primo-arrivants6

La nouvelle mission des Centres régionaux consiste à mettre en oeuvre et coordonner le parcours d’intégration des primo-arrivants . Ce parcours d’intégration est un dispositif d’accueil des personnes primo-arrivantes qui
offre aux nouveaux résidents de Wallonie des opportunités pour faciliter leur intégration sur le territoire. Ce parcours proposé par la Wallonie est gratuit. Depuis peu, le parcours d’intégration est devenu entièrement obligatoire. En effet, auparavant, l’obligation portait uniquement sur le suivi du module d’accueil. La volonté de la Wallonie étant de permettre à chacun de bénéficier du soutien et de l’aide adéquate afin de favoriser son intégration dans son nouveau cadre de vie, le parcours d’intégration wallon reste accessible à toute
personne étrangère ou d’origine étrangère, primo-arrivante ou non7.

6 decret du 28 avril 2016 remplacant le livre
7 http://socialsante.wallonie.be/?q=action-sociale/integration-personne-origine-etrangere/dispositifs/parcours-integration-primo-
arrivant

Relais social de Charleroi – Observatoire de la grande précarité et de l’exclusion du logement

Le Relais Social8 désigne à la fois une équipe, celle de la Coordination Générale, et un réseau composé des opérateurs publics et privés actifs dans l’aide aux populations en situation de précarité sociale aiguë.
Les missions du réseau sont fixées par le décret9 de 2003 (Chapitre 1er, Art. 4) et sont communes aux différents Relais sociaux10 : Contribuer, en faveur des personnes en situation d’exclusion, à la réalisation des objectifs
suivants :
• Rompre l’isolement;
• Améliorer la qualité de la vie
• Favoriser l’autonomie.
Le Relais Social de Charleroi s’adresse aux « populations en situation de précarité sociale aiguë ». Ces termes recouvrent à la fois les personnes sans domicile fixe, sans-abri ou mal logées, les habitants de la rue, les
usagers de drogues et les personnes en lien avec la prostitution.
Le Relais social de Charleroi coordonne une dizaine de services11 au sein de son réseau restreint répartis en 6 pôles (hébergement d’urgence, accueil de jour et de soirée, rue, urgence sociale, prostitution et santé).
Parallèlement, le Relais social de Charleroi dispose d’un réseau élargi de 40 partenaires, signataires de la Charte.
Bien que des activités de recherche aient été entamées dès 2008, le Relais social de Charleroi a consolidé cet axe en novembre 2013 par la création d’un Observatoire de la grande précarité et de l’exclusion du logement.
Les objectifs et missions de l’Observatoire sont :
• développer les connaissances relatives au sans-abrisme et à l’exclusion du logement ;
• favoriser la collaboration entre les opérateurs de terrain et la recherche autour d’une volonté
commune ;
• accompagner les professionnels et décideurs institutionnels dans la mise en place ou l’évolution de
leurs projets par l’évaluation ;
• favoriser la création d’espace de dialogue et d’innovation autour des dispositifs, en offrant une place à part entière aux bénéficiaires;                                • faire de la recherche un outil d’aide à la décision politique ;

• créer et consolider les liens avec les acteurs du monde de la recherche et de l’action sociale.

8 Les communes de l’Arrondissement administratif de Charleroi sont les suivantes : Aiseau-Presles ; Chapelle-lez-Herlaimont ;
Charleroi ; Châtelet ; Courcelles ; Farciennes ; Fleurus ; Fontaine-l’Évêque ; Gerpinnes ; Les Bons Villers ; Manage ; Montigny-le-Tilleul
; Pont-à-Celles ; Seneffe.
9 L’Association Chapitre XII du Relais Social du Pays de Charleroi a été pérennisée par le Décret du 17 juillet 2003 relatif à l’insertion
sociale. Le territoire couvert est celui de l’arrondissement administratif de Charleroi.
10 Les Relais Sociaux sont au nombre de 7 : Charleroi, Liège, Mons, La Louvière, Namur, Verviers et Tournai.
11 Parmi ces services il y a : l’abri de nuit Dourlet, l’abri de nuit Le Triangle, l’abri de nuit supplétif, la Structure d’accueil socio-sanitaire
(SASS), Carolo Rue, Le Comptoir, Entre 2 Wallonie, Espace P, l’asbl Comme Chez Nous, Solidarité Nouvelle, l’Accueil de soirée Baromètre - Réseau des observatoires locaux 5 Pauvreté et action sociale

 

Définitions des populations

La population du CPAS

La population du CPAS ne se résume pas uniquement aux bénéficiaires du Revenu Sociale d’Intégration (RIS) ou de l’Aide Financière Equivalente (AFE).
Comme mentionné précédemment, le CPAS mène diverses missions auprès de ses publics selon leur besoin, leur situation sociale particulière (santé, logement, chauffage, loyer,…). Cependant, dans le cadre de ce chapitre, ne seront abordées que les données relatives aux bénéficiaires de l’aide financière et au public spécifique du Service Prévention Assuétudes

Les bénéficiaires du RIS

Le droit à l’intégration sociale, anciennement appelé minimum de moyens d’existence (minimex), se concrétise soit par un emploi, soit par un projet individualisé d’intégration sociale (sous forme de contrat), soit par l’octroi du revenu d’intégration.
Pour pouvoir bénéficier du droit à l’intégration sociale, le demandeur doit remplir certaines conditions.
Résident belge, le potentiel bénéficiaire du R.I.S. est également soumis à des conditions d’âge et de nationalité.
De plus, il doit se trouver dans une situation où il ne dispose pas de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins (ou ceux de sa famille), et doit prouver sa disposition au travail. Constituant le dernier filet de la sécurité sociale, le revenu d’intégration arrive en dernier recours, le demandeur ne peut pouvoir prétendre à d’autres droits sociaux.
Les montants du revenu d’intégration varient en fonction de la situation familiale de la personne. Outre l’indexation, ces montants font régulièrement l’objet d’une planification de revalorisation.

Tableau I : Montants du revenu d’intégration

Tableau I : Montants du revenu d’intégration

La population du Relais social

Le Relais Social de Charleroi est un service de coordination d’acteurs, à la fois privé et public, qui travaillent avec des personnes vivant en grande précarité. Le public touché par ces services est divers et multiforme. Il s’agit à la fois de personnes exclues du logement, de personnes prostituées ou en lien avec la toxicomanie.
Pour ce chapitre, nous avons décidé de nous concentrer sur les personnes fréquentant les abris de nuit.

Dans le cadre de cette publication, une personne sans-abri est définie comme une personne ayant fréquenté au moins un abri de nuit carolorégien au cours de l’année 2016.

Il peut parfois être complexe de définir précisément la notion de sans-abrisme, recouvrant à la fois des caractéristiques résidentielles mais aussi temporelles. À cet égard, plusieurs auteurs15 ont ainsi décrit le sans-abrisme comme le résultat d’un processus dynamique et non comme un état permanent. Pour notre part, bien que cette conception nous apparaisse comme des plus opportunes, l’analyse statistique d’un tel phénomène appelle irrémédiablement à une vision plus simplifiée. Dès lors, nous avons choisi de nous reporter à la typologie ETHOS mise en place par la FEANTSA16 qui circonscrit le sans-abrisme aux personnes vivant principalement en rue ou en hébergement d’urgence.

15 BRESSON M., Les SDF et le nouveau contrat social, Paris, L’Harmattan, 1997 ; DAMON J., La question SDF, Paris, PUF, 2002 ;
THELEN L., L’exil de soi : sans-abri d’ici et d’ailleurs, Facultés Universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 2006.
16 Fédération Européenne des Associations Nationales travaillant avec les personnes sans-abri http://www.feantsa.org/spip. php?article121&lang=en

Nous présenterons ici principalement les données 2016 des structures d’hébergement d’urgence carolorégiennes. Nous sommes conscients que la définition ici retenue présente des limites, notamment parce qu’elle englobe tout autant des personnes ayant fréquenté les structures de manière ponctuelle que celles ayant une fréquentation parfois très intensive, indiquant une expérience de sans-abrisme de plus longue durée. Conscients de cet inconvénient, nous pensons néanmoins que les données, ici présentées,
constituent de premiers indicateurs contribuant à la compréhension du phénomène.
Définition d’un abri de nuit17, reprise dans le décret wallon du 12 février 2004 relatif à l’accueil, l’hébergement et l’accompagnement des personnes en difficultés sociales.

Abri de nuit : tout établissement offrant une capacité d’hébergement d’au moins quatre personnes en difficultés sociales et qui a pour mission d’assurer inconditionnellement aux personnes dépourvues d’un logement, un hébergement collectif d’urgence pour la nuit.

Quatre structures d’hébergement sont concernées :
• L’abri de nuit Dourlet, service du CPAS, qui offre 28 places hommes, 3 places femmes et deux lits d’urgence ;
• L’abri de nuit le Triangle, service associatif, qui peut accueillir de 10 à 12 personnes dont des femmes seules, des couples et des familles ;
• Le SASS, structure d’accueil socio-sanitaire, est un service du CPAS. Ce service accueille des personnes nécessitant une action spécifique sur le plan sanitaire ou de la santé physique ou mentale, 6 places;
• L’abri de nuit Supplétif, service du CPAS, spécialement ouvert pour la période hivernale (novembre à mars) qui peut accueillir jusqu’à 25 hommes.

Méthodologie de récolte des données

Les données statistiques du Relais social sont recueillies chaque année via un outil formalisé par l’IWEPS, la DGO5 et l’ensemble des Relais sociaux wallons. Il s’agit principalement de données sociodémographiques sur le public fréquentant les services (sexe, âge, revenu, statut familial, problématique logement, difficulté, etc.) mais des informations sur le fonctionnement du service sont également récoltées (nombre de nuitées homme/femme, nombre de refus, etc.).
Nous disposons de certaines données depuis 2001 (comme le nombre de nuitées), cependant par souci de cohérence avec le reste des informations, nous ne remonterons pas au-delà de 2007. En outre, précisons qu’en 2010 est intervenue une modification de l’offre de services avec la fermeture des abris de nuit Ulysse et Hôtel social et la création de l’abri de nuit Dourlet ; cette reconfiguration institutionnelle permettant une augmentation du nombre de places n’a pas été sans répercussion sur le nombre de nuitées enregistrées,
comme nous le verrons par la suite (cfr figure 4). Concernant le descriptif de la population, les données disponibles sont celles de 2012 à 2016, 2012 étant l’année de mise en place d’une récolte harmonisée pour l’ensemble des services des Relais sociaux sur l’ensemble du territoire wallon. Des items ayant connu des modifications depuis la mise en place de cet outil harmonisé, certaines comparaisons ne seront pas possibles.

Fonctionnement des abris de nuit à Charleroi

Les abris de nuit carolorégiens ne fonctionnent pas tous de la même manière mais ont certaines caractéristiques communes. Les personnes souhaitant être hébergées doivent se présenter à 21h devant la structure en question. Des systèmes de priorités sont instaurés mais diffèrent en fonction des abris de nuit. Pour Dourlet 17 Pour être agréés, les abris de nuit doivent répondre aux conditions suivantes :

(1) être organisés par une personne morale de droit public, une asbl ou une fondation ;

(2) être ouverts au minimum du 1er novembre au 1er mars, de 22h à 7h ;

(3) ne pas accueillir, pendant la journée, les personnes en difficultés sociales y ayant passé la nuit ;

(4) disposer d’une capacité d’hébergement d’au moins quatre personnes en difficultés sociales ;

(5) disposer d’un projet d’hébergement collectif ; (6) ne pas réclamer de
participation financière aux hébergés et le Supplétif, afin de supprimer le tirage aléatoire, nous avons décidé d’opter pour donner la priorité aux
personnes qui n’avaient pas été hébergées la vieille ou ayant des problèmes de santé. Ce système permet d’éviter au maximum de passer deux nuits consécutives en rue.
Concernant le SASS, structure spécifique, la personne souhaitant être hébergée doit passer par un service tiers. Les places étant limitées et la durée de séjour plus longue, le nombre de personnes fréquentant le service est moindre par rapport aux autres structures.

La population du CRIC

Le CRIC est, à l’origine, une structure de seconde ligne qui s’adresse avant tout aux opérateurs de 1ère ligne œuvrant au bénéfice des personnes étrangères et d’origine étrangère.

Le nouveau décret de mars 2014 a ouvert la voie pour les Centres régionaux aux missions de 1ère ligne en créant le parcours d’accueil des primo-arrivants. Le décret de 2014 a, dans un premier temps créé le Dispositif d’Accueil du Primo-Arrivant (DAPA) devenu ensuite parcours d’accueil et enfin parcours d’intégration au fil des modifications du texte.
On peut distinguer parmi les publics cibles qui font l’objet d’une définition décrétale :

Primo-arrivants
 « personnes étrangères séjournant dans notre pays depuis moins de trois ans et disposant d’un titre
de séjour de plus de 3 mois, à l’exception des citoyens d’un Etat membre de l’Union européenne, de
l’Espace économique européen et de la Suisse et des membres de leur famille ».
Autres personnes étrangères
« les personnes ne possédant pas la nationalité belge, séjournant de manière durable ou temporaire
sur le territoire de la région de langue française »
Les personnes d’origine étrangère
« les personnes qui ont émigré en Belgique ou dont l’un des ascendants a émigré en Belgique et qui
ont la nationalité belge ».

Tableau III : Description de la population précaire de Charleroi entre 2015 et 201618

En 2016, le nombre annuel de bénéficiaires du RIS à Liège s’élevait à plus de 13.306 et à 3.241 à Namur. Le nombre de bénéficiaires de l’AFE était respectivement pour ces deux villes de 2.001 et 462 bénéficiaires. Avec
une population sensiblement plus élevée que Liège, Charleroi dénombre moins de bénéficiaires du CPAS en 2016 que la cité ardente, aussi bien pour le RIS (9.281) que pour l’AFE (542)19.
Concernant les abris de nuits carolorégiens, malgré une légère augmentation en 2016, ils enregistrent une diminution du nombre de personnes hébergées depuis 2012 (cf. tableau n°3). Néanmoins, la Ville de Charleroi reste l’une des premières ville wallonnes en termes de nombre de personnes différentes accueillies chaque année et en termes de nuitées réalisées. En 2016, ce sont 19.444 nuitées qui ont été réalisées.
Comparativement, Liège a comptabilisé 19.223 nuitées. En 2012, Charleroi et Liège comptabilisait à elles seules 70% (Charleroi 37% ; Liège : 33%) des nuitées des 58.223 nuitées réalisées et comptabilisées en Région Wallonne.

Évolutions

Bénéficiaires du CPAS (RIS +AFE) Entre 2008 et 2016

Figure I : Moyenne mensuelle des bénéficiaires du RIS entre 2008 et 2016

Le nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale a fortement augmenté entre 2008 et 2009. Alors que la croissance moyenne de bénéficiaires se situait à environ 17 % de 2008 à 2010, elle a atteint 5% de plus en 2011.

18 Les statistiques de la moyenne mensuelle reprises dans ce graphique représentent une moyenne des données mensuelles, pour l’année de référence.
19 Source : https://stat.mi-is.be/fr/

Ensuite, bien qu’ayant ralenti par rapport à 2010, la croissance en 2011 est restée supérieure aux taux observés après la crise financière et économique de la fin 2008.
On observe toutefois un retournement de tendance à partir de 2012, avec une diminution de 2,2 % du nombre de bénéficiaires. Les années suivantes (2013 et 2014) connaissent une légère stabilisation. Entre 2014 et 2016 le nombre de bénéficiaire est de nouveau en forte augmentation (+ 18 %).
Une explication de l’accroissement du nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale entre 2008 et 2010 réside dans la dégradation du contexte socioéconomique suite à la crise économique et financière. Il faut cependant garder à l’esprit que la crise économique n’explique pas, à elle seule, toute l’augmentation du nombre de bénéficiaires. D’autres composantes structurelles sont donc de nature à influencer les fluctuations
du nombre de bénéficiaires entre 2008 et 2014, parmi ceux-ci on peut citer par exemple :
• la précarisation de catégories sociales à risque (groupe de personnes peu qualifiées, travailleurs à temps partiel, familles monoparentales, personnes issues de l’immigration, …);
• les transferts vers les CPAS des demandeurs d’emploi exclus ou sanctionnés par l’Office national de l’Emploi;
• l’arrivée de nouveaux bénéficiaires de l’aide des CPAS, en complément d’autres ressources financières;
• le transfert vers le droit au RIS des bénéficiaires d’une aide financière après leur inscription au registre de la population.;
• et enfin, l’allongement depuis novembre 2012 de la durée du stage d’insertion.
Plus spécifiquement, depuis 2015, les nouvelles politiques régissant les allocations de chômage ont eu pour conséquence l’exclusion de nombreux chômeurs dont certains sont venus gonfler les rangs du CPAS. 1.690 bénéficiaires en 2015 on reçu une aide liée à une sanction ou une exclusion de l’ONEM, ils étaient moins nombreux en 2016 (972 bénéficiaires).

Figure II : Moyenne mensuelle des bénéficiaires de l’AFE entre 2008 et 2016

Comme indiqué précédemment, les bénéficiaires n’entrant pas en ligne de compte pour le droit au RIS – de par leur nationalité, leur âge ou encore leurs ressources – peuvent introduire une demande pour l’octroi d’une aide financière équivalente (AFE). On peut notamment citer :
• les ressortissants étrangers possédant un titre de séjour qui ne sont pas inscrits au registre de la population (personnes régularisées, regroupements familiaux, …) et/ou les demandeurs d’asile (les réfugiés reconnus bénéficient du RIS). A noter que ces derniers peuvent également bénéficier de l’aide matérielle ou de l’aide financière complémentaire.
Le nombre de bénéficiaires de l’AFE s’est fortement accru (près de 24,3%) entre 2008 et 2011. Cette tendance à la hausse, perceptible également sur le plan régional, trouve une voie d’explication du fait de l’augmentation du nombre de régularisations mais également par la saturation des centres d’accueil en Wallonie.
En revanche, dès 2012, on assiste à une inversion de tendance, c’est-à-dire une diminution progressive du nombre de bénéficiaires d’une AFE, passant de 949 à 401 bénéficiaires en moyenne par mois (moyenne sur l’année). Les mesures en matière de politique d’asile et d’immigration ont eu également un impact sur cette diminution. Parmi ces mesures, on notera les nouvelles règles relatives au regroupement familial, la chute des flux entrants avec notamment la mise en place en janvier 2012 d’un « filtre » sur les demandes de
régularisation pour motif médical, la promotion du retour, les campagnes de prévention. Notons également que depuis décembre 2016 les personnes bénéficiant de la protection subsidiaire bénéficie du RIS et non plus de l’AFE, ce qui explique en partie la diminution du nombre de bénéficiaire de l’aide équivalente.

Nombre de personnes sans-abri qui disposent du RIS

Comme le montre la figure III, 20% des personnes hébergées au sein des abris de nuit bénéficient d’un revenu d’intégration sociale.

Tableau IV : Pourcentage de bénéficiaires du Revenu d’intégration sociale au sein des abris de nuit carolorégiens de 2012 à 20116

Plus précisément, seul l’abri de nuit Dourlet présente des proportions plus faibles mais qui sont néanmoins en hausse. Cette légère hausse peut être interprétée par plusieurs éléments20 :
• Depuis deux ans, nous remarquons une baisse de la proportion (en %) du nombre de personnes non en ordre de séjour. Cette baisse est principalement due à l’arrivée de personnes d’origine belge – qui sont davantage susceptibles de prétendre au revenu d’intégration – dans les structures du Relais social,
et qui par conséquent fait baisser la proportion des personnes étrangères. Notons tout de même qu’en termes d’effectifs, le nombre de personnes non en ordre de séjour est en baisse depuis deux ans mais nous approfondirons ce point plus tard.
• La réforme de l’ONEM a exclu toute une franche de la population du chômage. Au-delà des personnes percevant le revenu d’intégration, la figure ci-dessous permet de mettre en évidence le nombre important de personnes n’ayant aucune ressource ; plus de 50% de la population. A savoir ces données se basent sur une fiche réalisée lors de la première venue au sein des abris de nuit ; la situation « revenu » s’arrange parfois rapidement lorsqu’une personne est prise en charge, cette donnée peut donc fortement diminuée si l’on avait un regard continu sur le profil des usagers.

20 Les données de l’abri de nuit Supplétif sont pour l’année 2016 intégrées à celle de l’abri de nuit de Dourlet. Ce choix méthodologique réside dans le fait que presque la totalité des personnes ayant été hébergées au sein du Supplétif, l’a également été à Dourlet. Le nombre de doublons entre les deux services était dès lors très important.

 

Figure III : Répartition en % du type de revenu pour les abris de nuit – 2016

Personnes hébergées au sein des abris de nuit entre 2011 et 2016

Comme le montre la figure IV et le tableau V, le nombre de nuitées globales au sein des quatre abris de nuit carolorégiens n’a cessé d’augmenter jusqu’en 2012. Après cette augmentation continue, les abris de nuit ont connu deux ans de diminution relativement importante, principalement au niveau du nombre de personne.
Cette année, en 2016, la tendance est plutôt à la stabilisation. En 2016, c’est 19.444 nuitées qui ont été comptabilisée pour 1.215 personnes différentes.

Figure IV : Evolution du nombre de nuitées et de personnes (sans doublon) au sein des abris de nuit de 2012 à 2016

Tableau V : Evolution du nombre de personnes (sans doublon) et de nuitées dans les abris de nuit entre 2007 et 2014.

Néanmoins, si les nuitées sont stables, c’est loin d’être le cas du nombre de refus qui est en nette augmentation ; 30% de plus qu’en 2015 avec un total de 4.129 refus. C’est principalement le nombre de refus secs qui est en augmentation.
Pour aller plus loin :
Le nombre de personnes sans-abri ayant fréquenté un hébergement d’urgence en 2016 s’élève à 1.215 mais il ne s’agit que d’une estimation. Il est très difficile de pouvoir clairement identifier le nombre total de personnes sans-abri sur la région de Charleroi ; il arrive fréquemment que certaines personnes ne souhaitent pas venir en abri de nuit (dont le nombre de refus importants peut décourager) et optent pour des solutions alternatives comme le squat, la rue ou le fait d’être hébergé chez un tiers. Les chiffres présentés ici sont donc clairement sous-estimés.
Au-delà de connaitre le nombre de personnes dans les structures d’urgence, il faut également mentionner l’existence de projets d’insertion durable. Il y a tout d’abord le Housing First qui a permis, depuis son lancement en 2013, de sortir plus de vingtaine de personnes de la rue. Il s’agit principalement de personnes ayant des problématiques en termes d’assuétudes et/ou de santé mentale. Pour certains d’entre eux, le temps passé en rue était important et ils faisaient partie des récurrents des services du réseau. Un autre projet, organisé durant la période hivernale, permet d’héberger une dizaine de personnes dans des logements en attente de rénovation. Les travailleurs sociaux en charge du projet travaillent avec les locataires à la recherche de
solutions plus pérennes. Lors de l’édition 2015-2016, 21 personnes sont passées dans le projet ; parmi celles-ci, 8 ont trouvé un logement individuel. Enfin, depuis plusieurs années, le Relais social a développé la fonction du capteur logement. Son objectif est de trouver du logement pour les personnes sans-abri et de faire la médiation avec les propriétaires privés. En 2016, 37 baux ont été signés, ce qui a permis de reloger 50 personnes. Parmi ces personnes, nous savons qu’un partie (24%) fréquentait les abris de nuit et sont donc sorties de ce cycle de l’urgence.

Tableau VI : Nombre de personnes bénéficiant d’une attestation sans-abri du CPAS de Charleroi

L’attestation sans-abri est une demande d’aide sociale en vue d’obtenir un logement social auprès des sociétés de logements de service public. L’attribution d’un logement social répond à une série de critères objectifs qui permettent de classer chaque demandeur selon un système de points qui se veut le reflet de la situation sociale de ce dernier.
Selon le législateur, une personne sera considérée comme sans-abri si elle ne dispose pas de logement et/ ou de lieu de résidence, si elle n’est pas en mesure de l’obtenir par ses propres moyens, ou si elle réside temporairement dans une maison d’accueil en attendant qu’un logement soit mis à sa disposition. L’on remarque une différence d’avec la définition utilisée par les opérateurs du secteur de la lutte contre le sans-abrisme et à l’exclusion du logement qui, conformément à la typologie établie par les chercheurs européens de la Feantsa, limitent la notion de sans-abri au fait de dormir en rue ou en hébergement d’urgence. Or, malgré une définition plus large utilisée dans les services du CPAS, on remarque que le nombre d’attestations sans-abri reste marginal.
A partir de 2012 jusque 2015, ce service enregistre une diminution progressive du nombre d’attestations sans-abri. Cette diminution s’explique par la mise en place d’une nouvelle méthodologie imposée selon des balises institutionnelles, notamment axées sur les besoins réels des demandeurs, de leurs ressources et de leur situation d’extrême urgence sociale. Les balises d’attribution plus étendues ont été revues en 2016, ce qui peut expliquer le nombre d’attribution plus élevé cette année. Alors qu’on dénombrait sur le territoire de Charleroi, au minimum, 1.215 personnes en 2016, le nombre d’attestation s’élevait à 49.921.

Fréquentation de Carolo Rue

En 2016, Carolo Rue a rencontré 582 personnes différentes, c’est 6.4% de moins qu’en 2015 mais similaire aux chiffres enregistrés en 2014. L’année de faibles fréquentations se situe en 2013 justement lors de la mise en place du règlement mendicité qui a dans un premier temps entrainé une dispersion des personnes sans-abri hors du centre-ville. Les travailleurs ont dû adapter leur méthode de travail pour aller là où sont désormais les squats.

Tableau VII : Fréquentation et nombre d’interventions de l’équipe Carolo Rue


Au niveau des interventions, nous constatons une augmentation depuis deux ans. Cette augmentation se situe principalement au niveau du nombre de relais et dispatchings ; augmentation de 70% entre 2014 et 2016.
Les variations entre les années au niveau des interventions sont principalement dues à des modifications de la composition d’équipe.

Description de la population

Données par genre

RIS + AFE par genre

Tableau VIII : Nombre de bénéficiaires du RIS entre 2015 et 2016

Tableau IX : Nombre de bénéficiaires de l’AFE entre 2015 et 2016

En 2016, comme en 2015, les bénéficiaires d’un revenu d’intégration sociale sont majoritairement des femmes. Cette tendance est générale « Le service public de programmation – Intégration Sociale (SPP IS) s’est également penché sur la composition des ménages pour constater qu’un peu plus de la moitié (54,1 %) d’entre eux sont des familles monoparentales, dont le chef de famille est le plus souvent une femme (81,1 %) »22. Tandis que pour les AFE, ce sont inversement les hommes qui sont proportionnellement plus nombreux,
ce chiffre pourrait s’expliquer par une plus forte tendance à la migration du coté masculin.

Population sans-abri – Abri de nuit

Le public de l’ensemble des services est composé de 70.3 % d’hommes et de 29.7 % de femmes23. Plus spécifiquement, la population des abris de nuit – principalement dirigés sur un public masculin – est composée 78 % d’hommes et 22 % de femmes.
L’abri de nuit Dourlet accueille 10.8 % de femmes. L’abri de nuit Le Triangle et le SASS, qui sont des structures de moindre ampleur, accueillent davantage de femmes, environ 61.6 % pour le premier et 36.6 % pour le second en 2016. Le résultat du SASS est à prendre avec précaution car la structure accueille un nombre limité de personnes (71 au total).

22 SPPIS (2015), « Davantage de familles monoparentales au cpas », [En Ligne] : http://www.mi-is.be/be-fr/etudes-publications-et-chiffres/davantage-de-familles-monoparentales-au-cpas, consulté le 18 aout 2015
23 Données agglomérées de l’ensemble des services du Relais social.

Tableau X : Proportion en % de femmes et d’hommes au sein des abris de nuit de Charleroi entre 2012 et 2016


D’année en année, nous ne remarquons pas une féminisation du sans-abrisme, constat pourtant souvent annoncé. En effet, si l’on constate une augmentation du nombre de femmes en termes d’effectifs (Tableau 8), la proportion en pourcentages de femmes dans la population reste stable (fig. 5 et 6). Cet accroissement en termes d’effectifs est donc à comprendre dans une augmentation générale de la population sans-abri24.

Figure V : Evolution du pourcentage de femmes entre 2011 et 2016 au sein des abris de nuit de Charleroi – %

Figure VI : Evolution du nombre de femmes au sein des abris de nuit de Charleroi entre 2011 et 2016 – effectifs

24 Marjorie LELUBRE, « La féminisation du sans-abrisme bruxellois : une évolution à mieux définir », Brussels Studies, Numéro 62, 29 octobre 2012, www.brusselsstudies.be

Population du service Carolo rue

La majorité de la population de Carolo Rue est masculine : 77,5 % d’hommes en 2016 pour 22,5 % de femmes. D’année en année, les données restent relativement similaires et aucune féminisation du public n’est remarquée.

Tableau XI : Proportion en % de femmes et d’hommes au sein du service Carolo Rue entre 2012 et 2016

Que ce soit en abri de nuit ou parmi la population de Carolo Rue, l’on remarque que les personnes concernées sont principalement des hommes. De même, une analyse longitudinale des données ne permet pas de repérer de modifications profondes dans la répartition homme/femme de chacune de ces populations. Pour autant, il ne s’agit pas de nier la présence de femmes en rue et l’acuité des difficultés auxquelles elles font face25.

Population ayant réalisé un bilan social durant la première phase du parcours d’intégration

Définition du parcours d’intégration

Le parcours d’intégration vise à :
Accueillir et d’accompagner les nouveaux résidents étrangers de Wallonie, de les aider à acquérir les connaissances de base sur le fonctionnement de la société et des relations sociales en Belgique et de faciliter leur intégration sur le territoire.
Lors de la commande de son titre de séjour de plus de trois mois par l’administration communale, l’étranger primo-arrivant reçoit un document d’information et est orienté vers le bureau d’accueil le plus proche de son domicile.
Un dispositif structuré en 4 axes :
• Un module d’accueil qui se compose d’une information sur les droits et devoirs de toute personne résidant en Belgique et d’un bilan social individuel qui permet un premier accompagnement en fonction des besoins exprimés
(logement, santé, emploi, famille, loisirs…) ;
• 120 h min de formation en langue française (si nécessaire)
• 20 h min de formation en citoyenneté
• Une orientation vers le dispositif d’insertion socio-professionnelle en fonction des besoins.
• Le primo arrivant est tenu de suivre le Parcours d’intégration dans un délai de 18 mois (qui peut être prorogé) à dater de la signature de sa convention d’accueil.

Tout parcours d’intégration commence par la réalisation d’un bilan social

25 Quelques références sur les femmes sans-abri ou en grande précarité : Vaneuville Marie-Claire, « Femmes en errance. De la survie à l’existence ». Chronique sociale. Lyon, 2005. Au féminin Précaire. « Comment les femmes vivent-elles la précarité aujourd’hui ? » Editions Vie Féminine, 2014. Bruxelles.

Figure VII : Répartition volontaires/obligatoires bilan social 2015-2016


Figure VIII : Répartition hommes/femmes bilan social, 2015-2016

En 2015, 122 personnes se sont rendues au CRIC pour réaliser leur bilan social parmi elles, une majorité de femmes (69)26. En 2106 la tendance évolue et les hommes se retrouvent légèrement majoritaires.

Données par âge

RIS & AFE par âge

La pyramide des âges permet de situer quelles sont les classes d’âge les plus représentées au sein de chaque catégorie (hommes et femmes). Cette pyramide est construite en fonction des pourcentages de chaque sexe
analysé séparément.

Figure IX : Pyramide des âges, bénéficiaires du RIS en % (2016)

26 Première étape du parcours d’intégration

Quatre bénéficiaires du revenu d’intégration sociale sur dix sont des personnes âgées de moins de 30 ans.
La catégorie des moins de 25 ans est la plus représentée à la fois chez les hommes et chez les femmes : 24,7% des femmes ont moins de 25 ans et 23,2% pour les hommes. Dans les catégories des 55 et +, les femmes sont proportionnellement plus nombreuses que les hommes : 10,4 % des femmes ont 55 ans et +, contre 6,8% pour les hommes. Concernant les autres catégories, les proportions hommes/femmes sont semblables.

Figure X: pyramide des âges, bénéficiaires de l’AFE, en %, 2016

Dans la catégorie des aides financières équivalentes (AFE), plus d’un bénéficiaire sur quatre est âgé de plus de 50 ans. Les bénéficiaires de sexe masculin sont plus nombreux dans les tranches des moins de 30 ans et
entre 40 et 49 ans. Inversement, dans les tranches des plus de 50 ans et principalement des plus de 60 ans, on retrouve le plus fréquemment des bénéficiaires de sexe féminin.

Population sans-abri – Les abris de nuit

La population fréquentant les abris de nuit est majoritairement jeune ; les moins de 30 ans sont fortement représentés. Plus précisément, la catégorie des 18-24 ans représente 16.6% chez les hommes et 22.9% chez les femmes.
Cette pyramide des âges amalgame l’ensemble des abris de nuit : or, des différences interviennent entre les services en fonction du type de public accueilli. L’abri de nuit Dourlet et le Supplétif n’accueillent quasiment que des hommes, à l’inverse du Triangle et du SASS. Attention que le nombre d’hommes est beaucoup plus important que celui des femmes.

Figure XI- Pyramide des âges des utilisateurs des abris de nuit – 2016 – %


Figure XII: Pyramide des âges du Triangle – 2016 – %


Figure XIII : Pyramide des âges de l’abri de nuit Dourlet – 2016 – %

Figure XIV : Pyramide des âges du SASS – 2016 – %4.2.3 Population du service Carolo Rue

Figure XV : Pyramide des âges de Carolo Rue – 2016 – %

Statut familial

Les personnes de moins de 18 ans (0,6 %) représentent des cas exceptionnels ou isolés : ils sont normalement pris en charge par les éducateurs de rue d’une AMO (Accompagnement en Milieu Ouvert). Pour cette raison, elles ne sont pas reprises dans la pyramide des âges qui suit.
La tranche d’âge la plus représentée chez les hommes et pour les femmes est celle des 40-44 ans (plus de 20% chez les deux sexes). En comparaison avec les abris de nuit, Carolo Rue est fréquenté par un public plus âgé (pyramide plus étroite).
La classe d’âge des 18-24 ans est peu représentée. Différentes hypothèses peuvent expliquer ce constat. Ces jeunes ne font pas volontairement appel au Carolo Rue et les services ne les aiguillent pas spécifiquement vers ce dernier. Le service ayant pour public-cible les personnes ayant investi la rue comme lieu de vie et consommateurs de produits psychotropes, cette catégorie d’âge ne s’inscrit pas directement autour de ces problématiques. Les plus âgés sont, en effet, plus déstructurés, isolés et précarisés. Dans le cas de jeunes précarisés, on constate qu’ils sont encore capables de se débrouiller avec leur entourage et ne cumulent pas autant de problématiques par rapport aux personnes plus âgées dont le parcours est plus long dans ce mode de vie déstructurée. D’autres services de Charleroi sont en charge de ces publics de jeunes au parcours récent dans la précarité et la désocialisation.

Classe d’âge : Bilan social

Figure XVI : Nombre de participants au bilan social par classe d’âge

En termes de classe d’âge, le public rencontré se situe majoritairement entre 18 et 34 ans, en 2015 ce public « jeune » représente 74 % du total des personnes ayant réalisé le bilan social afin d’intégrer le parcours d’intégration. Ce pourcentage est de 65 % en 2016.

CPAS

Cohabitant avec charge de famille : La cohabitation avec un conjoint ou un partenaire (marié ou non) ne disposant ni de revenus professionnels, ni de revenus de remplacement. La cohabitation exclusive avec un ou plusieurs enfant(s) (à condition de pouvoir prétendre aux allocations familiales pour au moins un de ceux-ci), ou la cohabitation avec d’autres parents ou alliés et qu’aucun de ceux-ci ne dispose de revenus professionnels ou de remplacement.
Isolé : La personne qui vit seule et qui ne partage pas avec d’autres personnes les intérêts matériels du ménage.
Cohabitant : La personne qui n’habite pas seule et qui ne peut pas justifier de charge de famille. Il y a cohabitation lorsque deux ou plusieurs personnes vivent sous le même toit et règlent principalement en commun les questions ménagères. Habiter dans une maison communautaire est considéré par l’ONEM.

Comme cohabitation lorsque les commodités sont utilisées en commun et qu’il y a soit partage des frais concernant le loyer, l’entretien ou la nourriture, soit une répartition interne des tâches.

Tableau XII : Nombre de bénéficiaires du RIS en fonction du statut familial


En 2016, 39 % des bénéficiaires sont des personnes isolées, 32 % assurent une charge de famille et 28 ont le statut de cohabitant. D’une manière générale, très peu de changements sont apparus au niveau de la répartition selon le statut familial des bénéficiaires sur les dernières années.

Relais Social : situation de fait au moment de l’entrée dans le service

La situation familiale des personnes hébergées est recueillie sur base déclarative et concerne la situation de fait de la personne et non sa situation officielle, c‘est-à-dire administrative. Par exemple, une personne avec enfants peut très bien être identifiée comme isolée dans notre base de données si elle ne vit pas avec eux dans les faits.
Le pourcentage de personnes isolées est majoritaire au sein des abris de nuit – 88 % pour Dourlet et 95,7% pour le SASS en 2016 – à l’exception du Triangle qui accueillent un nombre important de familles (22,4 %) et de couples (55,2 %). La proportion de familles varie d’une année à l’autre au Triangle.
La proportion de personnes isolées reste relativement constante au fur et à mesure des années, à l’exception du SASS où elle varie en fonction des années mais reste largement majoritaire. De nouveau, la faiblesse des effectifs au sein de cette structure la rend particulièrement sensible aux fluctuations.

Tableau XIII : Pourcentage d’utilisateurs des abris de nuit en fonction du type de ménage

Figure XVI : Répartition des utilisateurs des abris de nuit selon leur situation familiale en 2016 – %

Carolo Rue

66 % des personnes fréquentant Carolo Rue sont isolées (pourcentage stage), alors que 14 % vivent en couple.
La proportion des personnes vivant avec des enfants s’élève à 19.5%. Parmi ceux-ci, 8.1% vivent seules avec leurs enfants et 11.4 % en couple.

Tableau XIV : Pourcentage d’utilisateurs en fonction du type de ménage

Nationalités

Nombre de bénéficiaires RIS par nationalité (CPAS)

Tableau XV : Nombre de bénéficiaires de l’AFE de la nationalité


Nombre de personnes sans abri par nationalité et statut de séjour

Les personnes d’origine belge sont majoritaires au sein des abris de nuit. En 2016, 62% des personnes fréquentant les abris de nuit sont d’origine belge, contre 55 % en 2014. Cette augmentation de la proportion des personnes belges tient principalement de la diminution des personnes étrangères. En effet, depuis deux ans, nous constatons une baisse des personnes non en ordre de séjour. Cette diminution est, selon nos hypothèses, dues aux politiques belges concernant l’accueil des migrants mais aussi dû à la présence accrue de policiers et militaires en rue. Ce phénomène est particulièrement marquant au niveau de l’abri de nuit Dourlet, les autres services accueillant moins ce type de population.

Tableau XVI : Pourcentage d’utilisateurs des abris de nuit en fonction des nationalités


Figure XVII : Pourcentage des utilisateurs des abris de nuit par nationalité en 2016


Parmi les personnes étrangères hors Union Européenne fréquentant l’abri de nuit Dourlet, la grande majorité n’est pas en ordre de séjour : 57 % non en ordre et 10 % en cours de régularisation. Seulement 32 % des personnes étrangères sont régularisées.

Nombre d’usagers de Carolo Rue par nationalité

Tableau XVII : Pourcentage des personnes rencontrées par Carolo Rue en fonction des nationalités

La population de Carolo Rue est composée de 91 % de personnes d’origine belge et 8.9 % d’origine étrangère.
Le constat émis à propos des abris de nuit sur une diminution des personnes étrangères est également visible au niveau des éducateurs de rue puisque la proportion de personnes d’origine belge augmente progressivement.

CRIC

Nationalités

En 2015, 33 nationalités sont représentées sur les 122 personnes ayant réalisé le bilan social.

Figure XVIII : Bilan social, phase expérimentale 2015 – Nationalités

Le schéma illustre une plus grande récurrence des personnes issues du Maroc (+- 20%). En seconde position on retrouve des personnes de nationalité turque.

Titre de séjour

La carte A et la carte B, sont des titres de séjour délivrés à des étrangers non européens, qui ne sont pas membres de la famille d’un européen. La Carte A fait référence à un droit de séjour limité généralement à un an, renouvelable sous certaines conditions en fonction de la situation de la personne (par exemple, régularisation pour circonstances exceptionnelles ou raisons humanitaires ou encore pour raisons médicales); elle concerne 28 personnes dans notre échantillon, majoritairement des femmes. La carte B fait référence à un droit de séjour illimité dont la validité est de 5 ans maximum, renouvelable sans conditions (par exemple, les réfugiés reconnus). Elle renvoie à un contexte de vie plus stable et moins précaire.

Figure XIX : Répartition des étrangers par titres de séjours, %, 2015


Les personnes soumisent à l’obligation de réalisation du parcours sont les réfugiés reconnus, les protections subsidiaires et les regroupements familiaux de non européens autour de non européens. Toutes ces catégories obtiennent un CIRE A ou B d’où la grande proportion de ces titres de séjours dans les statistiques du CRIC. Les autres situations en termes de titre de séjours sont des personnes qui viennent sur base volontaire.
Par exemple, les personnes possèdant comme titre de séjour la carte F sont des ressortissant de pays tiers à l’Union Européenne, membre de la famille d’un belge ou d’un citoyen de l’U.E., autorisé à séjourner sur base du regroupement familial.

Éléments complémentaires de compréhension des difficultés des populations

 

Difficultés financières, administratives – Difficultés rencontrées par les personnes sans-abri

Les difficultés rencontrées par le public des abris de nuit sont multiples et variées et montrent la fragilité de cette population. Les données récoltées relatives à ce sujet le sont sur base déclarative. Comme on peut le voir dans le tableau 6, le domaine de la santé mentale (12,3 %) et physique (14.8 %), sont sous représentés par rapport à la réalité. Le SASS montre le plus haut pourcentage de problématiques en lien avec la santé mentale. Ce taux est à analyser en fonction de l’offre du service qui accueille principalement des personnes avec des pathologies sévères.
Les difficultés majoritairement abordées concernent les assuétudes (22,6 %) et les problèmes relationnels (19.1 %), c’est-à-dire en lien avec les violences intra ou extra familiales et avec des situations d’isolement social. L’abri de nuit Dourlet comptabilise un grand nombre de personnes avec des difficultés relationnelles (20.3 %). Enfin, les difficultés financières représentent plus de 15 % de l’ensemble des problématiques.

Tableau XVIII : Pourcentages par service des difficultés rencontrées par les personnes hébergées en 2016

Figure XX: Répartition des difficultés rencontrées par les personnes hébergées en 2016 – %

Carolo Rue

Tout comme la population des abris de nuit, les principales difficultés rencontrées (24.2 %) par le public de Carolo Rue concernent les assuétudes, constat renforcé par le travail d’échange de seringues effectué par l’équipe.
Les obstacles d’ordre financier sont également très présents (21.2 %). La différence importante en comparaison avec les résultats des abris de nuit concernent les difficultés de type relationnel (violence conjugale/intrafamiliale) qui sont ici peu représentées. Il y a également moins de problématiques « santé mentale » car ce problème ne concerne que 8 % des usagers.

Figure XXI : Répartition des difficultés rencontrées par les habitants de la rue en 2016 – %

CRIC

Le tableau ci-joint relatif au statut des personnes permet de comprendre les priorités du public primo-arrivant.
Le tableau met en évidence la situation précaire des personnes qui, pour la majorité, sont à la recherche d’un emploi. Seuls 5 % des personnes en 2015 (et 2% en 2016) ont un contrat de travail.

Figure XXII : Statut socio-économique des étrangers de l’échantillon effectifs et pourcentages, 2015-2016

Les données relatives au nombre de personnes bénéficiant d’une allocation du CPAS a augmenté significativement en 2016. Cette augmentation s’explique notamment par, d’un coté, le durcissement des conditions d’accès à l’allocation de chômage qui a poussé beaucoup de personnes à se tourner vers les CPAS mais également par la vague de demandeurs d’asile en provenance du moyen orient en 2015 qui a obtenu le statut de réfugié en 2016 et a pu bénéficier du CPAS.

Figure XXIII : Niveau de qualification des personnes effectifs & pourcentages, 2016


Pour les personnes étrangères, certains diplômes ne sont pas reconnus. Les informations collectées ici le sont sur base déclarative sans vérification. Les données recueillies permettent de mettre en évidence notamment le niveau de qualification des personnes ainsi que le niveau de qualification selon la répartition hommes/femmes. Pour les personnes étrangères, certains diplômes ne sont pas reconnus. Les informations collectées ici le sont sur base déclarative sans vérification.
La majorité des personnes reçues ont été scolarisées dans leur pays d’origine. Les personnes rencontrées attestent au minimum d’une formation qualifiante et/ou sont en possession de l’équivalent du CEB (Certificat d’Etudes de base). 25% des personnes détiennent le CESI (Certificat d’Etudes du Secondaire Inférieur) et 24% d’entre elles le CESS (Certificat d’Etudes du Secondaire Supérieur) dont 7% l’ont complété par une formation qualifiante. On notera que 8 % des personnes ont un diplôme de bachelier et 9% sont détenteurs d’un diplôme universitaire. Les personnes non scolarisées représentent 9% de l’échantillon.
Un autre frein important réside dans la maîtrise de la langue du pays. Les personnes reçues dans le cadre du bilan social en ont bien conscience et considèrent l’apprentissage de la langue comme une priorité pour avancer tant dans le projet de vie (par ex. suivre la scolarité des enfants) que dans le projet professionnel.

Le tableau récapitulatif ci-joint montre les différents niveaux d’apprentissage.

Figure XXIV: Différents niveaux d’apprentissage (%), 2015-2016


Nous constatons différents niveaux d’apprentissage du français oral mais globalement pour les non francophone, le niveau est généralement débutant.
Les tableaux suivants résument les priorités des personnes primo-arrivantes reçues dans le cadre ddu bilan social individualisé (2015-2016). Le public primo-arrivant fait ainsi état de 3 besoins prioritaires : l’emploi, l’apprentissage du français et la formation.

Figure XXV : Premiers besoins priorisés – Bilan social individualisé 2015-2016


Ces besoins sont identiques à la plupart des personnes étrangères souhaitant s’installer durablement sur le territoire.
Pour l’année 2017, nous avons mis en place depuis le 28 mars, une permanence de premier accueil qui permet aux bénéficiaires de venir sans rendez-vous, tous les matins sauf le jeudi et d’ouvrir son dossier au CRIC. La personne est inscrite et les différentes problématiques de sa situation sont alors exposées. La personne quitte le CRIC avec les rendez-vous adéquats à sa situation. Depuis le 28 mars nous avons accueilli 108 personnes à cette permanence. La plupart de ces personnes ont été et sont toujours suivies par le CRIC, que ce soit au niveau du parcours d’intégration, de notre permanence socio-juridique ou de notre département ISP.
Les aspects juridiques font également partie des principales préoccupations des personnes primo-arrivantes.
Pérenniser leur situation dans le pays d’accueil reste une finalité incontournable pour plus de stabilité dans le projet de vie et le projet professionnel. Via la permanence socio-juridique, elles reçoivent la marche à suivre pour effectuer les démarches de la meilleure manière et dans les meilleurs délais.

Conclusion

Dans ce chapitre, nous avons tenté de décrire différentes populations résidant ou séjournant sur le territoire de Charleroi et qui sont confrontées à des situations précaires voire de grande précarité.
Au travers des publics du CPAS, du Carolo Rue, du Relais social et du CRIC dans sa phase expérimentale du nouveau dispositif « Parcours d’accueil », nous avons mis en avant diverses caractéristiques de ces populations et l’ampleur des besoins en termes d’action sociale dans l’appui et l’encadrement de ces publics.
Nous avons entre autres montré que si la population féminine reste peu représentée parmi les personnes fréquentant les abris de nuit ou dans le public de Carolo Rue, le nombre de femmes bénéficiaires du RIS est particulièrement interpellant. Si l’on peut se réjouir que les femmes aient actuellement moins de probabilité de tomber dans la très grande précarité – notamment en expérimentant moins souvent le statut de sans-abri, leur présence marquée parmi les allocataires du RIS appelle à la mise en place de mesures spécifiques dans une visée préventive.
Les 18-25 ans représentent une catégorie importante dans les différentes populations ici analysées. Là encore, la fragilité de ce public appelle le développement d’une approche spécifique pour éviter que leur situation ne s’enlise. Des collaborations plus étroites avec le secteur de l’aide à la jeunesse et les services liés à la grande précarité apparaissent plus que nécessaire. Cependant, pour que de telles collaborations aient lieu sur le terrain, il semble également fondamental que les différents ministres compétents en ces matières puissent mettre sur pied une politique cohérente et concertée, notamment pour ce qui est de la prise en charge des jeunes à l’aube de leur majorité, qui ne relèvent plus des services d’aide à la jeunesse sans pour autant entrer dans le champ d’action des services sociaux intervenant auprès des adultes.
L’analyse de la situation familiale des populations ici considérées laisse apparaître la présence de famille en situation de très grande précarité. Permettre à ces personnes d’exercer pleinement leur droit à la parentalité dans les conditions matérielles les plus dignes constituent un défi pour nos sociétés afin d’éviter un phénomène de reproduction, aujourd’hui trop présent.

Le parcours d’intégration des primo-arrivants a été rendu obligatoire et mis en place par le CRIC. Les données récoltées montrant la diversité d’origine des populations migrantes. On peut faire le constat, au travers de cette première récolte de données, qu’une majorité de personnes réalise le parcours sur base volontaire.
On remarquera également que seule une minorité de personnes sont sans parcours scolaire et que pour les autres ayant un certificat d’étude et/ou d’un diplôme, les données de cette expérience confirment les difficultés en termes d’équivalence de diplôme et/ou de valorisation de compétence. L’étude montre que les personnes ne maîtrisant pas la langue mettent leur priorité sur son apprentissage ainsi que sur la formation en vue d’obtenir un emploi à moyen terme. L’emploi reste la première des priorités pour les primo-arrivants,
conscients qu’il constitue la voie indispensable en mesure d’assurer la pérennité de leur projet de vie dans le pays d’accueil.

Pour aller plus loin

Pour information sur la population sans-abri, le Relais a effectué plusieurs recherches disponibles sur le site internet de l’institution www.relaissocialcharleroi.be :
• Enquête sur les abris de nuit et maison d’accueil en 2008-2009
• Enquête sur l’accompagnement en logement 2009-2013
• Différentes évaluations par les utilisateurs (hygiène, santé mentale, le bienêtre physique, etc.)
• Evaluation de Housing First belgium en RW
• Santé mentale et précarité
• Etc.

Références

– BRESSON M., Les SDF et le nouveau contrat social, Paris, L’Harmattan, 1997
– DAMON J., La question SDF, Paris, PUF, 2002
– THELEN L., L’exil de soi : sans-abri d’ici et d’ailleurs, Facultés Universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 2006.